Brèves prospectives

Les brèves prospectives sont des résumés de rapport ou d’articles qui mettent en avant des tendances visibles dans différents domaines : géopolitique, TIC, consommation, transports, travail, ressources naturelles…

Traitant souvent d’innovation et de développement durable, ces articles ont vocation à diffuser des pratiques porteuses d’avenir et à informer de futurs possibles, capables d’aider à la décision.
Ils renvoient tous à un document source accessible sur Internet.

Pour toute information complémentaire, n’hésitez pas à écrire à amartin@les-kipp.fr

LE SUCCÈS DE LA FAUSSE MONNAIE ANTICORRUPTION

Qui a dit que le meilleur moyen de combattre la corruption était d’arrêter de donner de l’argent ?  En effet, une monnaie dénuée de valeur n’est pas nécessairement inutile, comme le prouve l’Inde qui a inventé un drôle de stratagème : le « zéro roupie », permettant de continuer à corrompre mais par le biais d’une fausse monnaie, pour désamorcer le processus de corruption en place.  Et l’idée fait des petits partout dans le monde : elle plaît à des militants en Argentine, au Népal, au Mexique et au Bénin, à Malaisie qui est déjà en train d’élaborer un projet similaire, au Yémen, où ce genre de monnaie sera lancé dès 2014. Malgré le risque de représailles que cette campagne est en mesure de générer dans les pays où la corruption se fait sous la menace d’une arme, cette stratégie n’en resterait pas moins efficace pour changer les mentalités …

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LES ESPACES VERTS ET JARDINS BIENTÔT SANS PESTICIDES

Première utilisatrice de pesticides au niveau européen, troisième à l’échelle mondiale, la France détient un triste palmarès. Aujourd’hui, l’agriculture représente 90 % de l’utilisation des pesticides. Les 5 à 10 % restants sont utilisés par les collectivités territoriales qui épandent des herbicides sur leurs espaces verts et par les particuliers pour leurs jardins. Ces usages non agricoles des pesticides représentent environ 10 000 tonnes chaque année, avec des impacts sur l’eau loin d’être négligeables. Or un texte nouvellement adopté prévoit l’interdiction, en 2020, de l’utilisation des produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts, des forêts ou des promenades accessibles au public. Ce qui aujourd’hui paraît largement possible, puisque 10 % des 36 000 communes françaises approchent le zéro phyto, un chiffre montant même à 60 % pour les communes de plus de 50 000 habitants. La vente de pesticides « pour un usage non professionnel » – c’est à dire dans les jardineries et grandes surfaces – à destination des particuliers, sera également interdite à partir de 2022. Un pas a déjà été franchi dans les rayons des magasins Leclerc en Bretagne qui pourra peut-être faire tâche d’huile. De quoi présumer une dynamique plus importante que celle suite au Grenelle de l’environnement, dont le plan national Ecophyto (qui prévoyait de réduire de 50 % les pesticides entre 2008 et 2018) a été abandonné (on a assisté à une augmentation de 2,7 % entre 2008 et 2011).

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DE L’INCERTITUDE DES CHANGEMENTS À VENIR EN ITALIE

Aristocrates qui roulent en Jaguar et paysans, patrons et ouvriers au chômage, nouveaux idéologues du fascisme et jeunes des centres sociaux de gauche, opposants du fisc et indépendantistes vénitiens, immigrés et hooligans : le mouvement des « Forconi » qui balaie actuellement l’Italie du nord au sud est un magma, une marmite en ébullition charriant une foule de sigles et d’emblèmes, politiques, syndicaux ou appartenant à divers mouvements de contestation. Il n’a pas de couleur politique clairement définie ni de coordination centrale ou de leader charismatique pour le porter. Du Piémont aux Pouilles en passant par la Vénétie déferle ainsi un tsunami qui n’a ni queue ni tête, mais qui pourrait selon certains analystes avoir des similitudes avec les guerres de Vendée qui firent rage en France à l’époque de la Révolution, les révolutions arabes ou avec les débuts du mouvement autoritaire qui porta Mussolini au pouvoir…

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L’ÉCOLOGIE INDUSTRIELLE SYSTÉMATISÉE DANS LE CANTON DE GENÈVE

Depuis dix ans, Genève travaille à améliorer la durabilité de ses activités économiques grâce à l’écologie industrielle, et a même inscrit ce principe dans sa constitution en 2012. Avec des gravières locales épuisées d’ici 15 ans et un manque de place pour les déchets de démolition, le recyclage dans le BTP est une priorité. L’administration publique s’est alors attelée à changer les comportements des grands groupes du bâtiment : le projet Ecomat accompagne les industriels pour qu’ils recyclent et réutilisent les graves, et l’État réclame des matériaux recyclés dans les marchés publics, ce qui devrait permettre de doubler les disponibilités locales de gravier. Sur l’énergie, une loi vise, quartier par quartier, à évaluer les besoins et à utiliser les ressources énergétiques disponibles sur place. Parmi d’autres, l’entreprise Rolex devrait ainsi bientôt brancher son système de refroidissement sur un réseau de chaleur pour alimenter un quartier d’habitation. Pour le gouvernement, l’enjeu est de pousser – sur une base volontaire – les collaborations entre entreprises pour limiter leur impact sur l’environnement : mutualiser l’approvisionnement, investir collectivement dans le traitement des déchets mais aussi la coopération sur les services.

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LA VENTE DE PASSEPORTS POUR L’EUROPE, OU LA RECHERCHE D’UN CERTAIN CAPITAL HUMAIN

Les citoyens d’origine extra-communautaire ont plusieurs moyens d’obtenir un passeport européen. L’un est que leur pays adhère à l’Union européenne. Un autre moyen est de braver les flots de la Méditerranée en espérant finir par obtenir l’asile politique. Un troisième est de signer un chèque. Chypre propose un passeport pour 3 millions d’euros et en Grande-Bretagne, une procédure permet aux personnes qui y investissent plus d’un million de livres de décrocher un permis de séjour à durée indéterminée qui leur permet ensuite d’obtenir la nationalité britannique. Néanmoins, le projet maltais lancé le mois dernier, proposer la nationalité maltaise moyennant 650 000 euros, est le plus explicite de tous. Cette décision de Malte met en évidence deux vérités essentielles : malgré la crise financière, le passeport européen reste l’un des plus désirés au monde ; et le capital humain a aujourd’hui autant de valeur que le capital financier. Voilà une génération de cela, les pays se bagarraient pour attirer les entreprises étrangères qui construiraient des usines chez eux en leur offrant souvent des subventions pour le faire. Aujourd’hui, la nouvelle cible est le capital humain (les gens riches, intelligents et talentueux), beaucoup plus difficile à faire passer les frontières. Le projet maltais constituerait ainsi un moyen officiel et légal d’obtenir la nationalité d’un pays, contrairement au système en vigueur qui est capricieux et, en dépit de tous les efforts déployés pour prouver le contraire, assez arbitraire. Il pousse également l’Europe à répondre à quelques questions épineuses : qui veut-elle attirer et de qui ne veut-elle pas ?

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VERS UNE POLITIQUE DU STATIONNEMENT ?

Aujourd’hui, ce sont les collectivités territoriales des grandes agglomérations françaises qui organisent le stationnement au sein de leur circonscription, en s’efforçant de tenir les deux bouts de la chaîne. D’une part, elles s’attachent à développer les moyens de transports alternatifs à la voiture individuelle (systèmes d’autopartage et vélos en libre-service notamment) de manière à optimiser l’utilisation de l’espace public. D’autre part, elles s’emploient à faciliter les activités de logistique urbaine, à savoir les services de livraison et les déplacements professionnels, afin de soutenir le développement économique de leur agglomération. La définition d’une politique du stationnement coordonnée renforcerait ces actions et répondrait ainsi aux ambitions des collectivités territoriales. Elle aurait pour but de rétablir une triple cohérence : cohérence entre les objectifs d’urbanisme et les objectifs de déplacement, cohérence spatiale entre les communes d’une même agglomération, cohérence enfin entre stationnement public et privé. Placée sous l’autorité des élus locaux, cette politique du stationnement ne manquerait pas de champs d’actions concrètes: déterminer les besoins publics et privés adaptés à chaque quartier, étudier les dispositifs techniques réglementaires et tarifaires appropriés, organiser un système d’observation et de suivi, aménager et entretenir les installations techniques, contrôler le stationnement public sur voirie et hors voirie, informer les usagers… Ce rapport du Centre d’Analyse stratégique propose donc de confier la définition de cette politique du stationnement aux autorités organisatrices d’aménagement et de mobilité, ainsi qu’à la commune pour les aspects relatifs à la voirie.

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ASSOCIATIONS : PLAN SOCIAL ET DESTRUCTION DES PROJETS

En Seine-Maritime, le nombre d’éducateurs de rue est divisé par deux suite à la décision du conseil général de réduire les subventions : 74 emplois supprimés sur les 140 que compte le secteur. Entre 2010 et 2012, le secteur associatif a ainsi perdu 11 000 emplois alors qu’il représente aujourd’hui un emploi sur dix du secteur privé. Bet l’année 2014 s’annonce très rude : compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement, dont 1,5 milliard de baisse de la dotation des collectivités locales, le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois l’année prochaine. La lutte contre le déficit public pousse en effet les collectivités à se recentrer sur leurs compétences obligatoires au détriment des actions en faveur de la vie associative en général, de l’environnement, de l’éducation populaire, de la défense des droits, de la culture et du sport. De fait, après la « modernisation » de l’État (RGPP), c’est au tour des associations de devoir se convertir au modèle de gestion anglo-saxon, au « lean management » et à la performance chiffrable. C’est l’idée selon laquelle les associations sont certes sympathiques, mais souffrent d’amateurisme, elles doivent donc moderniser leur fonctionnement en empruntant les formes de management des grandes entreprises privées. Le modèle concurrentiel introduit par les appels d’offre fait déjà de gros dégâts, car ce sont les associations les plus grosses et les plus institutionnalisées qui raflent les marchés, celles-là même qui sont le plus subventionnées. En 2011, l’Etat a consacré deux tiers de ces aides à seulement 342 structures (sur les 21 119 subventions répertoriées), et 3,5% des associations subventionnées reçoivent les trois quarts de l’appui public. D’autre part, 42% de ces financements sont destinées à des organisations para-publiques : centres de formation, établissements d’enseignement supérieur, fondations politiques, musées, grandes institutions culturelles, de la Croix-Rouge aux instituts techniques agricoles, en passant par les orchestres nationaux. Outre ces inégalités de traitement, le système des appels d’offre détruit aussi les projets associatifs. Les besoins ne sont pas définis par rapport à une situation réelle rencontrée localement, mais à partir d’un cahier des charges élaboré par le financeur, souvent en décalage avec les réalités du terrain. Et il n’y a plus que des relations commerciales, donc plus de confiance ni avec les financeurs ni entre les usagers et les travailleurs sociaux par exemple. Certains proposent alors de sortir du champ concurrentiel un certain nombre d’activités associatives, qui ne rendent pas le même service que les entreprises privées (comme l’a fait l’Allemagne), ou alors de demander aux grosses associations, qui bénéficient du régime fiscal dérogatoire des organismes non lucratifs, de justifier que leur finalité n’est pas le profit, mais l’intérêt général, au service de la collectivité.  Au delà de la situation des associations, une question plus large émerge : fabriquer de l’intelligence collective sans forcément vendre un business plan sera-t-il encore possible dans un monde privé de ses associations ?

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L’UE TENTÉE PAR LA RÉDUCTION DES RÉGLEMENTATIONS

Tout récemment, Bruxelles s’est penchée sur les toilettes et urinoirs des Européens et plus précisément sur la quantité d’eau optimale pour les nettoyer, déclenchant l’ire des médias britanniques. Les analyses de Bruxelles peuvent parfois paraître risibles, mais le commissaire européen à l’Environnement a mis en garde contre les rires trop hâtifs, en arguant que si seulement 10 % des ménages européens adoptaient des toilettes écologiques, les économies réalisées seraient de l’ordre de 390 millions d’euros. Depuis le début des années 1990, l’UE prône l’introduction de labels de qualité environnementale pour de nombreux produits, et notamment des appareils électroménagers, appelés à consommer moins d’énergie. Cette démarche est généralement accueillie favorablement par les Européens. Les chasses d’eau n’ont pas eu autant de chance, car elles se sont heurtées au retour en force de l’euroscepticisme. Et ce alors même que, depuis plus d’un mois, la Commission européenne passe en revue la législation européenne afin de procéder à son “allègement”, en supprimant des projets jugés superflus ou n’ayant pas de chance d’être approuvés et en simplifiant certaines réglementations. Un allègement devenu la priorité du gouvernement Cemaron, qui cherche à former une coalition, initiée lors du dernier sommet européen. L’affaire n’est pas négligeable et ses enjeux dépassent largement la question des toilettes. Parmi les 30 recommandations du patronat britannique, reprises à son compte par le gouvernement, figure notamment le refus de la nouvelle réglementation de l’UE sur l’extraction du gaz de schiste. La Pologne la voit d’un mauvais œil, craignant que les exigences environnementales et bureaucratiques réduisent la rentabilité de l’industrie du gaz de schiste. Bruxelles écouterait-elle les adeptes du “régime minceur” ? La Commission européenne reste très divisée sur le sujet.

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LES RESSORTS DE LA CHINAFRIQUE

Jamais les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, en hausse de 89 % en deux ans, n’ont atteint de tels records. Même si les Chinois conservent en mémoire les humiliations endurées quand ils subissaient l’emprise des puissances européennes et du Japon, leurs dirigeants se trouvent face à un dilemme : pour soutenir la croissance économique (leur priorité), ils doivent obtenir de leurs fournisseurs étrangers toujours plus de matières premières, dont le pays est devenu très dépendant. Ainsi, si Pékin maintient son objectif de tripler sa production d’électricité en vingt-cinq ans, les importations de gaz, qui n’existaient pas en 2005, vont, elles, atteindre 87 milliards de mètres cubes par jour en 2020, principalement en provenance du Proche-Orient, d’Asie du Sud-Est et de Russie et Turkménistan. Les autorités sont conscientes des risques de rupture d’approvisionnement pouvant résulter de guerres civiles, de changements de régime ou de conflits régionaux. Pour s’en prémunir, elles s’efforcent de diversifier ses sources, de développer des relations politiques avec ses principaux fournisseurs et de prendre des participations dans les gisements de minerais et d’hydrocarbures. Afin de favoriser ces opérations, les dirigeants ont engagé de grandes manœuvres diplomatiques, souvent accompagnées de la promesse d’avantages, de prêts à faible taux d’intérêt, de projets prestigieux, d’assistance militaire…  Le genre d’arrangements qui conduit inévitablement Pékin à s’impliquer de plus en plus dans les affaires politiques et militaires des Etats concernés. Et si, à première vue, Pékin aurait contribué à la croissance économique du continent, un examen approfondi révèle qu’en 2005, trente pays sont inondés de textiles chinois et d’autres biens de consommation bon marché, au grand dam des producteurs locaux, et affichent donc finalement une balance commerciale déficitaire avec la Chine. Mais tout changement significatif dans les relations commerciales entre Pékin et l’Afrique nécessitera une transformation profonde de la structure économique chinoise, un basculement des industries énergétivores vers des productions plus économes et vers les services, des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Les dirigeants semblent conscients de cet impératif : le XIIe plan quinquennal (2011-2015) met l’accent sur ce basculement, sans lequel les dirigeants chinois risquent de s’enferrer dans des relations peu reluisantes avec les pays en développement.

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PARTICIPATION, FAB LAB ET TRANSFORMATION DU MONDE

Les Fab Labs, ces laboratoires de fabrication, proposent un accès démocratique aux outils de fabrication, ils permettent à plusieurs personnes de travailler ensemble, selon un processus de conception ouvert. Et ce sont ces processus de collaboration ouverts qui posent des questions aux acteurs publics : faut-il considérer les Fab Lab comme de nouvelles formes de services publics ? La question pourrait paraître incongrue, pourtant, dans de nombreux endroits (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Singapour, France, Barcelon…), les autorités publiques réfléchissent à l’impact de ces lieux sur la société et préparent des politiques de soutien à ces nouvelles formes de fabrication. Si l’un des objectifs de ces investissements est de relocaliser l’industrie manufacturière, dans les faits, avant de passer à la phase de régulation, ils sont pour l’instant dans la première phase, celle de la promotion visant à développer le réseau et les systèmes de fabrication numériques. Par conséquent, la conception ouverte que les Fab Labs promeuvent peut-elle insuffler de nouvelles valeurs aux décideurs politiques ? Les process Bottom Up remplacer les process Top Down, les procédures distribuées, les procédures centralisées ? Pour les analystes la participation n’est pas l’objet de cette nouvelle culture du DIY (do it yourself), du prototype, de la cocréation et de l’ouverture, c’est un levier. Un levier pour transformer le monde et ses valeurs. Et il y a selon eux une possibilité pour que les pouvoirs publics s’en emparent et relaient ces valeurs que le numérique propose via une gamme d’outils pour se réapproprier le pouvoir, pour proposer de nouvelles façons de faire politique. Plus que les outils et inventions, ce sont elles qui changeront le monde, qui nous aideront à le réparer et à nous le réapproprier.

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