LES RESSORTS DE LA CHINAFRIQUE

Jamais les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique, en hausse de 89 % en deux ans, n’ont atteint de tels records. Même si les Chinois conservent en mémoire les humiliations endurées quand ils subissaient l’emprise des puissances européennes et du Japon, leurs dirigeants se trouvent face à un dilemme : pour soutenir la croissance économique (leur priorité), ils doivent obtenir de leurs fournisseurs étrangers toujours plus de matières premières, dont le pays est devenu très dépendant. Ainsi, si Pékin maintient son objectif de tripler sa production d’électricité en vingt-cinq ans, les importations de gaz, qui n’existaient pas en 2005, vont, elles, atteindre 87 milliards de mètres cubes par jour en 2020, principalement en provenance du Proche-Orient, d’Asie du Sud-Est et de Russie et Turkménistan. Les autorités sont conscientes des risques de rupture d’approvisionnement pouvant résulter de guerres civiles, de changements de régime ou de conflits régionaux. Pour s’en prémunir, elles s’efforcent de diversifier ses sources, de développer des relations politiques avec ses principaux fournisseurs et de prendre des participations dans les gisements de minerais et d’hydrocarbures. Afin de favoriser ces opérations, les dirigeants ont engagé de grandes manœuvres diplomatiques, souvent accompagnées de la promesse d’avantages, de prêts à faible taux d’intérêt, de projets prestigieux, d’assistance militaire…  Le genre d’arrangements qui conduit inévitablement Pékin à s’impliquer de plus en plus dans les affaires politiques et militaires des Etats concernés. Et si, à première vue, Pékin aurait contribué à la croissance économique du continent, un examen approfondi révèle qu’en 2005, trente pays sont inondés de textiles chinois et d’autres biens de consommation bon marché, au grand dam des producteurs locaux, et affichent donc finalement une balance commerciale déficitaire avec la Chine. Mais tout changement significatif dans les relations commerciales entre Pékin et l’Afrique nécessitera une transformation profonde de la structure économique chinoise, un basculement des industries énergétivores vers des productions plus économes et vers les services, des énergies fossiles vers les énergies renouvelables. Les dirigeants semblent conscients de cet impératif : le XIIe plan quinquennal (2011-2015) met l’accent sur ce basculement, sans lequel les dirigeants chinois risquent de s’enferrer dans des relations peu reluisantes avec les pays en développement.

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