DES « BULLES CARBONE » SUR LES MARCHÉS FINANCIERS

Agence Internationale de l’Energie, OCDE, ShareAction , chercheur d’HSBC, ils ont tous le même message : il est urgent de changer le modèle financier actuel. En valorisant 4600 milliards de dollars les réserves de pétrole, gaz et charbon mondiales, il créé en effet une « bulle carbone » qui transforme les entreprises extractives en poids lourds des indices boursiers… et encourage inexorablement un réchauffement climatique qui pourrait  atteindre au moins 5 degrés à horizon 2050.

Or les temps sont difficiles pour les lanceurs d’alerte climatique : le Parlement européen, pour protéger les activités industrielles européennes, vient de voter contre une proposition de la Commission, visant à diminuer  les quotas d’émissions de gaz à effet de serre pour faire remonter le prix du CO2. Cette décision selon l’AIE renforce la tendance observable depuis deux ans d’un sentiment d’abondance de ressources chez les professionnels de l’énergie, du à l’explosion de la production de gaz et de pétrole non conventionnel. Alors que, pour limiter la hausse des températures à deux degrés, il faut brûler moins d’un tiers des ressources fossiles existant dans le monde.

Pour le directeur du centre de recherche sur le climat d’HSBC, il est tout aussi indispensable que les marchés actions prennent la mesure du risque carbone auquel ils sont exposés. Il met ainsi en avant plusieurs scénarios selon lesquels, à partir de 2020, régulations et retournement de l’opinion publique conduisent à privilégier les énergies  renouvelables et l’efficacité énergétique. Dans ce cas de figure, deux tiers à quatre cinquième des réserves de pétrole et gaz perdraient leur valeur financière très rapidement, ce qui déstabiliserait les bourses mondiales. Une donnée que ne prennent pas du tout en compte actuellement les marchés financiers, comme le prouve le comportement de quatre principales compagnies extractives mondiales dont 30 % des ressources financières proviennent du charbon, et dont la valeur boursière pourrait donc baisser de 44 %. Selon lui, pour changer la donne il faudrait que les régulateurs imposent une évaluation du business model des entreprises extractives en fonction du volume de carbone maximum à émettre pour n epas dépasser deux dégrès. Présentations solides, scenarios énergétiques crédibles, modèles de calcul complexes, les arguments des chercheurs réunis à Paris sont théoriquement imparables. Parviendront-ils à ouvrir les yeux des acteurs financiers sur un risque climatique qu’ils négligent ?

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