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VERS UNE REDÉFINITION DES LIENS ENTRE BANQUE ET MAFIA AU JAPON ?

A l’automne, la moitié du Japon se passionnait pour le feuilleton TV « Hanzawa Naoki », une histoire de scandale dans une grande banque. Alors qu’approche l’hiver, les grands établissements bancaires du pays sont sous le coup d’enquêtes administratives pour cas avérés et soupçons de prêts à la mafia nippone… Tout débuta en septembre, quand le gendarme des finances somma la mégabanque japonaise Mizuho de cesser de consentir des crédits à des « forces antisociales », un euphémisme qui désigne les yakuzas, au motif qu’aucune disposition efficace n’a été prise pour mettre fin aux transactions avec les forces antisociales, plus de deux ans après qu’ait été appris et prouvé l’octroi de quelque 230 prêts pour un total de 200 millions de yens (1,5 million d’euros) à plusieurs d’entre elles. Les faits reconnus, ça a été au tour de la banque Shinsei, qui, elle a choisi de confesser qu’elle avait encore quelques créances en cours avec les yakuzas, un nombre assez petit pour qu’on ne lui en tienne guère rigueur. Idem quelques jours plus tard pour une entité de crédit du géant Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG), et enfin un peu plus tard pour Sumitomo Mitsui. Si les liens des banques avec la pègre sont anciens, et rentables pour les banques, la répression, elle, n’a pas plus de deux décennies. Mais elle s’entête tout de même, cherchant par exemple à savoir si la banque est solidement engagée à rompre complètement les liens avec les syndicats du crime via une réforme du fonctionnement de ses activités commerciales… et amenant par là à ne plus penser si évidents ces types de liens.

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VERS LA LIBÉRATION DES MACHINES

Et si on créait une civilisation en « open source » ? Un monde sans brevets. Des objets, des appareils, des machines, reproductibles à l’infini par tous ceux qui le souhaitent, à bas coût  (en moyenne 8 fois moins que celles fabriquées industriellement). Pour bâtir des maisons, produire de l’énergie, faire cuire des aliments, extraire des matériaux ou cultiver la terre. De quoi construire un village. Ou une civilisation. Des Etats-Unis à l’Isère, bienvenue dans l’univers de ces pionniers de « l’écologie open source », qui éditent plans et modes d’emploi, construisent des prototypes, expérimentent, partagent et diffusent, bref qui font vivre cette révolution industrielle d’un genre nouveau.

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PLUS QUE LA CRISE, UN CHANGEMENT DE CIVILISATION

Après la vision d’un monde fonctionnant comme une mécanique (Descartes, Newton), puis comme un système énergétique en mouvement (Sadi Carnot, Darwin, Marx), puis comme la mise en lien d’informations (ordinateurs et mouvements de capitaux autonomes), voici venu selon l’auteur le temps d’une nouvelle mutation, différent d’une simple crise. L’évolution est faite de ruptures et de normalité. La crise dans la normalité, c’est lorsque dans le système établi apparaissent des dysfonctionnements qui nous éloignent de la norme. C’est la crise au sens propre du terme, conjoncturelle. Le problème est alors de revenir à la norme. Si le sous-emploi est conjoncturel, on va essayer de rétablir le plein-emploi dans les normes traditionnelles, avec les moyens traditionnels. Les crises de mutation, c’est passer d’un système à un autre : ce n’est pas une crise économique, mais une crise du système néolibéral, c’est la logique même du système qui a provoqué la crise. Et dans ce cas pour réussir la mutation, il ne faut pas chausser les lunettes de la crise du court terme. Il propose donc de changer de lunettes et parle de bio-économie, en partant du constat que si on détruit la biosphère, cela ne sert à rien de disserter sur le Plan et l’avenir de l’humanité : il n’y aura pas d’avenir, pas d’économie. L’économie étant faite pour optimiser (tirer le maximum de résultats, de choses positives, de satisfaction, à partir des moyens limités dont nous disposons), elle retrouve pleinement son rôle. Pour lui le dépérissement du système sera long, car trop d’intérêts sont en jeu, notamment pour le système financier qui est aujourd’hui le grand gagnant. La faillite d’un paradigme n’implique pas qu’il disparaisse immédiatement, mais il y a besoin d’une théorie concurrente qui soit prête à prendre la place.

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CE QUE LA VOITURE SANS CHAUFFEUR NOUS APPREND

Pour le responsable du programme de voiture autonome de Google, il n’y a pas de problèmes juridiques et réglementaires liés à la responsabilité, si ce n’est pour les fabricants de voitures. Une raison à la difficulté de passer du prototype à la production de masse, mais pas la seule : les capteurs (caméras, lasers…) et ordinateurs de bords sont pour l’instant trop coûteux pour être largement déployés, l’utilisation d’une voiture autonome n’est pas adaptée en dehors des autoroutes (elle ne saura pas à quel conducteur s’adresse un feu par exemple), et surtout le passage de relai entre le pilote automatique et le pilote humain est problématique. En effet, avec un véhicule autonome, il est très facile de ne plus être concentré et très difficile de le redevenir. L’utilisation des pilotes automatiques dans les avions érode les compétences des pilotes et émousse leurs réflexes, dans de nombreuses entreprises nous prenons des décisions à partir de systèmes qui nous aident, au risque de moins comprendre les risques : l’automatisation nous transforme en observateurs, inhibant le développement de nos compétences. L’autre révélation que nous apporte le cas de la voiture autonome est l’incapacité actuelle à imaginer le progrès hors d’évolutions technologies bouleversantes, privées et chères : il est plus facile d’imaginer le déploiement d’une technologie futuriste qui n’existe pas au-delà des labos où elle est testée que d’envisager l’expansion d’une technologie qui est déjà largement utilisée à travers le monde, telle le train. Nous en serions ainsi venus à ce qu’une technologie hautement spéculative, financée par des sociétés privées, soit vue comme un futur plausible, alors que les technologies ordinaires, financées par nos gouvernements sont vues comme irréalistes et impossibles. Pour l’auteur, nous avons le choix entre l’action collective ou les solutions individuelles que seuls les plus riches pourront s’offrir. Un moyen de remettre le débat autour de la voiture autonome dans une perspective plus large sur le choix de société pour lequel nous voulons opter. Le facteur humain à améliorer n’est pas que celui capable de piloter la machine, c’est aussi celui capable de décider quelle société et quel avenir il souhaite mettre en place…

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LA POLITISATION DE LA COMMISSION EUROPÉENNE EN QUESTION

Le président du Parlement européen aimerait succéder à José Manuel Barroso à la tête de la Commission. Il fonde sa campagne sur la politisation d’un poste qui devra échoir, selon lui, au chef de file du parti vainqueur. Une stratégie qui ne fait pas l’unanimité…Ce serait, pour lui, le meilleur moyen de combler une partie du déficit démocratique tant reproché à l’Union européenne, en permettant aux différentes familles de personnaliser la campagne, et la plupart des grands partis cherchent déjà des têtes de liste. D’un autre côté, si sur le papier le Parlement européen est censé élire le président de la Commission européenne, il le fait sur proposition des chefs d’Etat et de gouvernement, qui n’entendent pas partager leur prérogative. Et craignent de perdre la main face au Parlement européen.Pour d’autres, c’est au contraire au Conseil européen de piloter la succession de José Manuel Barroso, avec la crainte d’un clash entre les institutions si une personnalité parvenait à réunir une majorité au sein du prochain Parlement européen, mais pas au sein du Conseil européen, ou vice versa. Pas si évident donc. Marginalisé par la crise, gagnant de nouveaux pouvoirs pour mieux contrôler les Etats membres, l’exécutif européen pourrait voir redorer sa légitimité avec l’élection de son président à l’issue d’une campagne électorale pan-européenne. Cependant, le collège des commissaires est déjà une équipe multipartisane constituée en fonction des rapports de forces du moment en Europe, et des majorités dans chacun des Etats membres. Mais il est censé opérer dans la plus stricte neutralité. Or son indépendance et son impartialité ne manqueront pas d’être remises en question en cas de trop forte politisation…

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LA CHINE EXPÉRIMENTE LE MARCHÉ CARBONE

Alors que le prix de la tonne de CO2 a atteint des niveaux historiquement bas sur le marché européen , la Chine a lancé en juin son premier marché carbone dans la ville de Shenzhen. Ce “marché pilote” concerne pour l’instant 635 entreprises ayant émis 31,7 millions de tonnes de CO2 en 2010, soit 38 % des émissions totales de la ville. Quatre autres mégapoles (Pékin, Shanghai, Tianjin, Chongqing) et deux provinces (Guangdong et Hubei) devraient suivre. Ces marchés fonctionneront selon un modèle relativement similaire au système européen, sauf qu’ils couvriront en plus les émissions de CO2 indirectes liées à la consommation d’électricité, et que chacun des marchés pilotes aura ses propres spécificités. Dans une deuxième phase, ces sept projets devraient être inclus dans un marché national.La mise en place de marchés carbone reflète l’orientation prise par le gouvernement chinois : un plus grand recours aux mécanismes de marché. Or, de nombreuses questions demeurent quant aux chances de succès de l’expérience : la précipitation dans laquelle ils ont été mis en place, le manque d’expérience de la Chine dans le maniement des mécanismes de marché ( il est probable que peu d’échanges de quotas aient lieu, ce qui limiterait l’efficacité du système), le manque de précision de la comptabilisation des émissions. Et, malgré un Etat fort qui rend impossible le gel des quotas de CO2 sur le marché européen (du aux difficiles tractations), la corruption généralisée reste un frein majeur…

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ET SI ON HOMOGÉNÉISAIT LES CERTIFICATIONS ENVIRONNEMENTALES AU NIVEAU DE L’EUROPE ?

L’ecolabel, passe encore. Mais ISO 14001 ou EMAS sont des ovnis dans l’esprit des consommateurs français, quand de leur côté les entreprises allemandes poussent la Commission européenne à autoriser l’application du logo EMAS directement sur les produits : en Allemagne, 776 entreprises sont enregistrées EMAS, contre seulement 28 en France, où l’étape « faire connaître EMAS auprès du public et des entreprises » n’est pas encore franchie, faute d’incitation, de portage politique, et d’un travail de pédagogie auprès des consommateurs . L’EMAS étant système de management qui permet à une entreprise de mesurer son engagement environnemental à tous les niveaux (depuis le site de production au produit fini en passant par le transport et l’emballage), ainsi qu’un vecteur de progrès (il définit des actions concrètes et fixe des objectifs d’amélioration annuels), il pourrait pourtant se retrouver vite signifiant quand les consommateurs sont de plus en plus soucieux d’acheter de manière responsable..Pour la Commission européenne, cette norme est un excellent outil pour homogénéiser les pratiques au sein de l’Union. Elle étudie donc plusieurs leviers de développement, comme la mise en place d’aides financières pour les entreprises qui souhaitent le mettre en place, ou même la possibilité de donner à l’EMAS un caractère contraignant…

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QUAND L’AUDIT DEVIENT PLAISANT

Comment utiliser l’audit, tâche a priori plutôt peu gratifiante, pour créer de la transversalité entre les services, entre les catégories de fonctionnaires et favoriser le brassage des idées et l’émergence d’une culture commune ?Serge Guillemin, directeur qualité de la ville de Besançon, a tenté l’expérience. En 2005, il ouvre la fonction d’auditeur interne à toute personne volontaire dans son administration et lance une grande campagne de recrutement. Il forme ensuite ces volontaires à une méthode d’audit tournée vers l’amélioration continue et la bienveillance plutôt que vers le contrôle et la sanction : l’écoute et le regard extérieur est en lui-même utile et force de proposition pour le service audité, au-delà des connaissances préalables, des indicateurs de performance ou des différentes normes ISO. Aujourd’hui, il y a 70 agents volontaires, dont 50% de catégorie A, 25% de catégorie B et 25% de catégorie C , qui ont environ trois missions d’audit de services par an, à raison d’un jour de travail par audit, rapport compris.L’expérience est même allée au-delà de l’administration seule puisque Besançon a développé l’audit croisé inter-organisation (95 entreprises / organisations / administrations s’auditent mutuellement les uns les autres). Parmi les retombées positives, on peut citer le fait que l’audit est désacralisé car porté et compris par une communauté transverse au sein de l’administration. Mais surtout, au bout de huit ans de programme, le recours aux consultants externes baisse dans l’administration… avec l’économie de coûts que cela implique. Et les audits permettent de découvrir d’autres manières de faire et de brasser les idées. Enfin, comble de la transgression, cette communauté de d’auditeurs volontaires se retrouve pendant deux jours intenses de séminaire une fois par an pour produire des documents pédagogiques (guide, jeu…) et capitaliser les expériences.

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VERS UN NOUVEL ÉCOSYSTÈME ARTISANAL DANS LE DOMAINE LOGICIEL ?

On a tendance à constater que, dans le domaine logiciel, le numérique favorise la concentration et la domination de nouveaux systèmes techniques, tout comme, dans celui des produits, la globalisation et l’automatisation ont favorisé la concentration industrielle et manufacturière. A l’heure de la production standardisée et globalisée, reste-t-il encore un espace pour une nouvelle forme d’artisanat ? Pour des experts, il manque encore aujourd’hui une offre packagée pour les startups du matériel. Or, on constate plutôt l’existence d’une véritable “fracture numérique” entre les startups hardware, leurs idées improbables et le réseau traditionnel des sous-traitants de l’électronique et de la plasturgie… qui vous demandent vos trois derniers bilans avant d’envisager peut-être pouvoir travailler avec vous. Pour arriver à faire la longue traîne du Made in France, il y a besoin que ces deux univers se rencontrent. Ce qui est le cas en Chine par exemple, pas tant pour une question de coût ou de savoir-faire, mais plutôt d’agilité : pour eux la “réindustrialisation” est avant tout une question d’ouverture à l’innovation plus que de compétitivité économique…

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VIVRE SEUL

A toutes les époques et dans toutes les cultures, c’est la famille, et non l’individu, qui forme le socle de la vie sociale et économique. Au cours de ces cinquante dernières années, notre espèce s’est engagée dans une expérience sociale inédite : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un nombre élevé d’individus de tous âges et de toutes conditions ont décidé de vivre en solitaire, en « singleton ». Qu’elles résultent d’un divorce, d’un décès ou du refus de se marier, les périodes de vie en solitaire durent des années, voire des décennies. Les cycles de vie sont ainsi marqués par des arrangements dans lesquels la structure familiale n’occupe plus qu’une place temporaire ou conditionnelle. Pourtant la vie en solitaire constitue l’un des sujets les moins discutés et donc les moins compris de notre temps, alors que la propagation de ce mode de vie oriente la conception de l’espace urbain (logements, transports, etc.) et le développement de l’économie des services à la personne (maintien à domicile, garde d’enfants, livraison de nourriture, etc.)… Et le phénomène ne se limite pas aux anciennes puissances industrielles, puisque c’est en Chine, en Inde et au Brésil qu’il progresse le plus vite : le nombre de singletons aurait augmenté de 33 % en dix ans dans le monde. Cette tendance, liée au développement économique et à la sécurité matérielle qui en découle pour une partie de la population, repose sur la croyance dominante que la recherche du succès et du bonheur passe moins par les liens tissés avec autrui que par la capacité à sortir du lot et à saisir les meilleures occasions (vivre seul donne le temps et l’espace pour jouir de la compagnie des autres). Cette évolution se traduit aussi par un attachement de plus en plus faible aux lieux de vie et au travail, caractérisé par une instabilité permanente des postes, des salaires et du lendemain. Et si vieillir seul n’est pas facile (gérer sa retraite, soigner ses maladies, accepter ses déficiences, voir ses proches mourir les uns après les autres), depuis quelques décennies, les personnes âgées préfèrent tout de même généralement vivre seules sous leur propre toit plutôt que de s’installer dans leur famille, chez des amis ou en maison de retraite. La vie en solitaire permet à chacun de faire ce qu’il veut, quand il le veut, à sa manière. A l’âge des médias numériques et des réseaux sociaux, devenus si envahissants, le statut de singleton apporte un bénéfice plus considérable encore : du temps et de l’espace pour une solitude réparatrice. Vivre seul et souffrir de solitude sont deux états bien différents : peu importe si les gens vivent seuls, ce qui compte, c’est qu’ils ne se sentent pas isolés.

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