travail

ASSOCIATIONS : PLAN SOCIAL ET DESTRUCTION DES PROJETS

En Seine-Maritime, le nombre d’éducateurs de rue est divisé par deux suite à la décision du conseil général de réduire les subventions : 74 emplois supprimés sur les 140 que compte le secteur. Entre 2010 et 2012, le secteur associatif a ainsi perdu 11 000 emplois alors qu’il représente aujourd’hui un emploi sur dix du secteur privé. Bet l’année 2014 s’annonce très rude : compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement, dont 1,5 milliard de baisse de la dotation des collectivités locales, le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois l’année prochaine. La lutte contre le déficit public pousse en effet les collectivités à se recentrer sur leurs compétences obligatoires au détriment des actions en faveur de la vie associative en général, de l’environnement, de l’éducation populaire, de la défense des droits, de la culture et du sport. De fait, après la « modernisation » de l’État (RGPP), c’est au tour des associations de devoir se convertir au modèle de gestion anglo-saxon, au « lean management » et à la performance chiffrable. C’est l’idée selon laquelle les associations sont certes sympathiques, mais souffrent d’amateurisme, elles doivent donc moderniser leur fonctionnement en empruntant les formes de management des grandes entreprises privées. Le modèle concurrentiel introduit par les appels d’offre fait déjà de gros dégâts, car ce sont les associations les plus grosses et les plus institutionnalisées qui raflent les marchés, celles-là même qui sont le plus subventionnées. En 2011, l’Etat a consacré deux tiers de ces aides à seulement 342 structures (sur les 21 119 subventions répertoriées), et 3,5% des associations subventionnées reçoivent les trois quarts de l’appui public. D’autre part, 42% de ces financements sont destinées à des organisations para-publiques : centres de formation, établissements d’enseignement supérieur, fondations politiques, musées, grandes institutions culturelles, de la Croix-Rouge aux instituts techniques agricoles, en passant par les orchestres nationaux. Outre ces inégalités de traitement, le système des appels d’offre détruit aussi les projets associatifs. Les besoins ne sont pas définis par rapport à une situation réelle rencontrée localement, mais à partir d’un cahier des charges élaboré par le financeur, souvent en décalage avec les réalités du terrain. Et il n’y a plus que des relations commerciales, donc plus de confiance ni avec les financeurs ni entre les usagers et les travailleurs sociaux par exemple. Certains proposent alors de sortir du champ concurrentiel un certain nombre d’activités associatives, qui ne rendent pas le même service que les entreprises privées (comme l’a fait l’Allemagne), ou alors de demander aux grosses associations, qui bénéficient du régime fiscal dérogatoire des organismes non lucratifs, de justifier que leur finalité n’est pas le profit, mais l’intérêt général, au service de la collectivité.  Au delà de la situation des associations, une question plus large émerge : fabriquer de l’intelligence collective sans forcément vendre un business plan sera-t-il encore possible dans un monde privé de ses associations ?

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QUAND UN ATELIER HAUTE-COUTURE 100 % COOPÉRATIF RÉSISTE AUX DÉLOCALISATIONS

Ici, pas de travailleuses uniformément courbées sur leurs machines, les dents serrées pour respecter la cadence, ni de monceaux de marchandises fabriquées en série. Aux Atelières, on produit en petites quantités des pièces « parfaites », et on prend le temps qu’il faut pour ça. C’est quand quatre des cinq usines françaises de Lejaby ont fermé, que Nicole, ouvrière cofondatrice, a rencontré une autre forte femme. A la tête d’une agence de communication, Muriel Pernin a découvert à la télévision le désarroi des ouvrières, et avait lu que les grandes maisons de couture, quand elles se positionnent à l’international, ont besoin de fabriquer en France. »Huit personnes, dont six salariés et anciens salariés de Lejaby, se sont risquées dans cette aventure à contre-courant et se sont associées à Muriel Pernin au sein d’une Société coopérative d’intérêt collectif (Scic), ce qui a changé l’ambiance de travail, puisque contrairement aux autres ateliers là, tout le monde participe et pose des questions.  Les associés se sont appuyés sur un noyau de couturières expérimentées, et désormais Muriel Pernin assure bénévolement le poste de PDG. Les ouvrières ont suivi une formation très spécifique, conçue sur mesure. Le savoir-faire de la coopérative et la possibilité d’afficher du Made in France ont alors convaincu une poignée de grandes marques (Lejaby, Agnès B, Zahia…) et quelques jeunes créateurs de lui confier des collections. Un des défis majeurs aujourd’hui pour la coopérative, c’est de trouver un mode de production adapté aux petites quantités, les seules à échapper aujourd’hui à la délocalisation, alors que l’appareil industriel est fait pour gérer de grandes quantités. Un partenariat avec l’Insa a donc été mis en place, qui doit aider à trouver le meilleur fonctionnement, et qui pourrait servir aussi à la maroquinerie, la ganterie, la bijouterie… La confection locale sera-t-elle désormais réservée aux riches ? Cet exemple veut prouver que non, que le luxe sera un tremplin pour faire revenir la production sur le moyen et haut de gamme , et qu’à partir du moment où on réinstalle des savoir-faire, c’est possible produire pour la population française. Mais il faudra faire des choix : avons-nous vraiment besoin de 15 culottes dans notre armoire ?

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LE FUTUR DU TRAVAIL À L’ÈRE NUMÉRIQUE, ENTRE NOUVELLE ORGANISATION MONDIALE DES COOPÉRATIONS INDIVIDUELLES ET NOUVEAUX MODÈLES DE DOMINATION

Le numérique porte en lui une marchandisation de soi inédite, qu’elle soit explicite – on vend ses services comme on vend sa voiture sur Le Bon Coin (aujourd’hui deuxième site emploi de France), on tweete pour se faire remarquer des recruteurs – ou implicite (toute information devient monétisable, tous nos comportements sur le web sont susceptibles d’être “trackés” et dévoilés à des fins de vente…). Dans ce Nouveau Monde où même la vie privée devient marchande émergent les problématiques du travail “caché”, “invisible” ou “gratuit” : nous produisons constamment de la donnée “en nous amusant”, sans être rémunérés. Pour autant, parce qu’il permet notamment de faire du loisir un travail, et vice-versa, le numérique a rendu possible la construction collective de biens communs à l’échelle internationale, sans rémunération, dont Wikipedia est le meilleur exemple. De nouvelles conceptions de la création de valeur peuvent donc désormais être explorées, à partir de la valeur du réseau (la richesse de la mise en relation des idées) et de la richesse du nombre (1 milliard de personnes travaillent gratuitement pour Facebook). Dans ce cadre, plusieurs acteurs du numérique proposent de nouveaux modèles de mesure de la valeur et de la rémunération:

  • Les value driven networks (ou “réseaux guidés par la valeur”) : les contributions sont acceptées à priori, puis la communauté juge de leur valeur, et les rémunère en conséquence. Le contributeur peut ensuite devenir sociétaire.

  • La Peer production License (ou “licence de production de pairs à pairs”) : toutes les personnes contribuant à la production d’un bien commun peuvent en bénéficier gratuitement, les autres doivent payer une licence pour l’exploiter (comme si Wikipedia n’était accessible gratuitement qu’à ses contributeurs).

  • La redistribution de la taxe sur les données (proposition de Colin & Collin, auteurs du rapport sur la fiscalité de numérique) : une partie de la valeur de Facebook est créée par les utilisateurs, elle pourrait être taxée pour les rétribuer.

  • Le micro-paiement universel : toute contribution devrait être rémunérée (le moindre post sur Facebook nous rapportait de l’argent).

  • L’économie du partage, en plein boom, qui supprime des intermédiaires et permet de monétiser des actifs qui, auparavant, ne l’étaient pas : c’est le modèle d’AirBnB, qui permet à chacun d’être rémunéré en qualité d’hôte

  • L’invention d’un nouveau système monétaire virtuel, comme celui des Bitcoins, qui viendrait se substituer à celui qui existe actuellement.

  • Ou encore, le revenu de base inconditionnel (proche du revenu minimum garanti).

Dès lors, en érigeant de nouvelles normes de la valeur du travail et de la rémunération, les architectes du Nouveau Monde vont-ils créer les conditions du bonheur et de l’égalité pour tous ? Rien n’est moins sûr, prévient Alain d’Iribarne, chercheur au CNRS, car “le bien commun est commun pour le groupe social qui le considère comme tel”. Selon lui, les nouveaux modèles nés de la transformation numérique ne font pas exception : à l’instar du modèle de l’entreprise, ils sont le produit d’une construction sociale. Alors, le numérique va-t-il faire émerger une inédite organisation mondiale des coopérations individuelles ou, à l’inverse, de nouveaux modèles de domination à une échelle tout aussi spectaculaire ?

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VERS UNE MONDIALISATION DE LA PROTECTION SOCIALE ?

Alors que quatre personnes sur cinq n’ont toujours pas accès à la protection sociale dans le monde, la crise économique a rappelé la nécessité de protéger tous les individus et en particulier les plus vulnérables d’entre eux. Sous l’impulsion de la présidence française, le G20 de Cannes en 2011 a reconnu l’importance d’offrir une sécurité sociale pour tous. Dans ce contexte, le concept de socle de protection sociale et l’initiative mondiale lancée en 2009 par les Nations unies ont gagné une reconnaissance sans précédent. En juin dernier, les représentants des États membres del’OIT ont pris une recommandation relative à la notion de « socle de protection sociale », qui prescrit que tout État doit se doter d’une couverture santé universelle et d’un filet de sécurité pour les plus pauvres, donnant une nouvelle visibilité à cette question centrale. A cette occasion, le CAS publie deux notes d’analyse qui traitent de la protection sociale, du droit du travail et de la protection des travailleurs dans les pays émergents. Il observe ainsi que l’extension de la couverture des droits sociaux a connu un rythme impressionnant ces dernières années dans la plupart de ces pays, aussi bien en raison d’éléments conjoncturels que structurels :en effet, les systèmes de protection sociale constituent des outils contra-cycliques qui permettent de lutter efficacement contre les effets de la crise sur le marché du travail, et les politiques publiques volontaristes ciblées résultent notamment des partenaires sociaux et de la société civile, qui font preuve d’une capacité croissante à se mobiliser à cette fin. Selon le CAS, la multiplication des  initiatives de coopération et d’actions complémentaires entre les acteurs nationaux et internationaux sur la période récente, qu’ils soient publics ou privés, est un vecteur majeur de renforcement des droits des travailleurs et de la protection sociale dans les pays émergents.

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LE COMBAT DE L’ISLANDE CONTRE LES RESPONSABLES DE LA CRISE

Quand l’Espagne, la Grèce et le Portugal s’enfoncent dans l’austérité, l’Islande a choisi de faire condamner les responsables de la crise financière, et prouve qu’un pays peut survivre à un crash mondial, sans endetter ses citoyens sur plusieurs générations ni transformer des dettes privées en dette publique : le taux de chômage, qui dépassait les 8 % en 2009 et 2010 après le tsunami financier de fin 2008, est redescendu à 4,4 %, les hausses d’impôts ont visé principalement les plus hauts revenus, et la dévaluation de la couronne a dopé l’économie (les banques islandaises ont allégé la dette de plus d’un quart de la population et sont obligées d’effacer une partie des dettes immobilières des particuliers lorsque celles-ci sont supérieures à 110% de la valeur du bien).

Sous la pression populaire, le pays a donc mobilisé ses faibles moyens pour enquêter sur les crimes financiers et établir les responsabilités, donner à la justice des moyens conséquents (pour assurer une très bonne connaissance des dossiers face à l’armée d’avocats engagés par les banquiers), lever le secret bancaire, et faire aboutir les procédures judiciaires. Aujourd’hui des anciens PDG et ex-dirigeants écopent de peines de prison allant de plusieurs mois à plusieurs années de prison ferme pour la plupart, et d’autres dirigeants sont inculpés pour manipulation du cours des actions, fraude, évasion fiscale ou délit d’initié (notamment dans l’administration). Au total, une centaine de personnes devraient être inculpées d’ici fin 2014, permettant de dire que, si le système n’a pas changé, certains en sont néanmoins exclus, et l’Islande n’est pas autant ouverte qu’avant au système financier international.

Ce processus se fait dans une transparence totale : une Commission spéciale d’enquête a ainsi été chargée d’établir une chronologie de la crise, d’analyser avec minutie le processus d’effondrement bancaire (comment la taille des trois principales banques a été multipliée par 20 en sept ans par exemple, ou pourquoi les propriétaires de ces banques en étaient également les principaux emprunteurs…) et d’examiner les responsabilités de chacun des acteurs économiques. Les huit livres résultants de ce travail sont disponibles dans les librairies, et ne taisent aucun nom.

Un autre résultat est la décision de la justice européenne de donner raison à l’Islande qui a refusé de rembourser les dettes des actifs pourris (la liquidation de la banque les remboursant finalement). Une décision de justice qui pourrait ouvrir la voie pour d’autres pratiques…

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LES ÉNERGIES RENOUVELABLES, UN SECTEUR PROMETTEUR

L’association de grands industriels et des gouvernements suscite l’émergence d’un marché des énergies renouvelables plus que prometteur : selon les données de la 3ème édition du baromètre des emplois de la croissance verte et du développement durable, les commerciaux et spécialistes de l’efficacité énergétique sont de plus en plus demandés (972 offres de chefs de projet et 203 offres de postes commerciaux en fin 2012, contre 134 et 118 en mars de la même année). Pour l’auteur, ce sont le prix du pétrole et l’évolution de la réglementation qui jouent considérablement en faveur du développement de ces métiers de la maîtrise de l’énergie. Avec, pour exemple, le parc éolien, qui connaît une croissance mondiale annuelle moyenne de plus de 25 % et séduit de nombreux groupes industriels qui bénéficient de soutiens des gouvernements et de fonds publics. Ce chiffre remarquable est notamment dû au développement des éoliennes flottantes, nouveau moteur de croissance et sujet encore d’expérimentations concernant l’exploitation des gisements au-delà de 40 mètres de profondeur. En France, c’est le doublement des volumes cibles du photovoltaïque qui est prévu pour 2013. Les mesures pour cette année comprennent aussi le lancement d’un nouvel appel d’offres autour d’un objectif global de 400 MW répartis entre les technologies innovantes (photovoltaïque) et les technologies matures (ombrières de parking et de bâtiment). Des prévisions d’autant plus prometteuses qu’en Irlande, les revenus de l’État les plus conséquents (hors FMI) ont pour origine les énergies renouvelables et la taxation des énergies fossiles et des déchets…

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FACE À LA CRISE, L’ESPAGNE REDÉCOUVRE L’AUTOGESTION

Avec la situation de crise financière et économique, la fermeture d’entreprises et les licenciements se sont succédé – et continuent à se succéder – laissant une traînée de chômeurs. Dans ce contexte, parler, et faire, de la résistance et de l’autogestion est devenu possible, alors qu’il y a à peine cinq ou six ans, parler d’entreprises récupérées ou de coopérativisme en Espagne aurait été manier des concepts non seulement marginaux mais aussi profondément éloignés des intérêts et expériences de la grande majorité de la population. Depuis le début de la crise, près de 40 entreprises ont ainsi été récupérées par les travailleurs et remises en fonctionnement sous statut coopératif, un nombre freiné notamment par les difficultés liées au statut juridique des coopératives dans le droit espagnol, tout comme la quasi-absence de prévisions par rapport à la Loi d’adjudication. Plus que de la reprise d’entreprises, le recours croissant au coopérativisme vient de la part de beaucoup de chômeurs qui, devant la situation d’anomie productive et d’absence d’expectatives pour retrouver un emploi, recourent à la possibilité de capitaliser une prestation de licenciement pour créer des entreprises autogérées. Les exemples dans ce cas sont en effet pléthore : entre janvier et mars 2012, 223 nouvelles coopératives ont été créées dans l’Etat espagnol. Le chemin de l’autogestion commence à être de plus en plus courant…

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L’ALLEMAGNE, PRÉCURSEURE DE LA SEMAINE À 30 HEURES ?

« Le chômage a atteint en Europe des ordres de grandeurs insupportables. Le chômage des jeunes est particulièrement effrayant », alertent des économistes allemands. Sans oublier les travailleurs pauvres, qui triment parfois 50 heures par semaine sans pouvoir en vivre. Dans une lettre ouverte, ces économistes proposent de réduire équitablement le temps de travail en passant à la semaine de 30h, sans baisse de salaires. Le temps de travail moyen en Allemagne est de toute façon aujourd’hui déjà en moyenne de 30 heures par semaine, mais le travail est réparti de manière inégale. L’exigence d’une semaine à 30 heures prend en compte toutes les formes de réduction envisageables (allongement des congés payés, sortie plus précoce de la vie active, années sabbatiques). Cette revendication est à poser pour tous les États européens. Car le chômage de masse est partout présent et augmente de manière dramatique dans beaucoup de pays de l’Union. Pour les initiateurs de l’appel, la réduction du temps de travail ne concerne plus seulement les partenaires sociaux, il s’agit d’un projet de la société toute entière. Ils insistent par ailleurs sur la nécessité d’une réduction « sans perte de salaire , pour éviter queles réductions du temps de travail réalisées jusqu’ici ne soient faites sans embauche de chômeurs et souvent avec une hausse de la pression au travail. Pour eux, seule une réduction collective du temps de travail à 30 heures, à un niveau macroéconomique, est une clé décisive, si ce n’est la plus importante, pour la perspective d’un plein emploi. Une proposition qui suscite le débat en Allemagne.

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TIC ET CONDITIONS DE TRAVAIL DANS LA FONCTION PUBLIQUE

L’arrivée massive des TIC dans la fonction publique modifie en profondeur les conditions de travail des agents. En effet, l’introduction des TIC s’accompagne souvent de modifications organisationnelles (travail en équipe ou en réseaux, autonomie des agents, assouplissement des lignes hiérarchiques) qui tendent à rapprocher le secteur public du secteur privé. Elle peut aussi bien conduire à de nettes améliorations (facilitation des tâches, voire leur enrichissement, meilleure communication entre les services, gain de temps, plus d’autonomie, réduction du temps gestionnaire au profit du temps de contact avec le public…), et accroître ainsi leur satisfaction au travail, que, selon la qualité des plans TIC, détériorer leurs conditions de travail (surinformation, dépersonnalisation des relations directes avec le public, modification de l’identité professionnelle des agents, voire même de leur conception quant à leur rôle, contrôle accru des tâches et des missions, isolement au travail), pouvant conduire à une certaine forme de résistance aux changements. Autant d’effets qui peuvent conduire à une baisse de la motivation au travail, ce qui in fine pourrait aboutir à affaiblir ou annuler les effets positifs des TIC sur l’amélioration des services publics à destination des usagers. Écarter ces risques pourrait se faire, selon le Conseil d’Analyse stratégique, en renforçant l’accompagnement des agents aux changements technologiques et organisationnels, en veillant à l’association régulière des agents concernés et de l’ensemble des acteurs des projets. C’est dans cette démarche plus globale de modernisation qu’il convient d’intégrer l’ensemble des projets TIC .

Lire la note d’analyse (16 pages)

 

ROBOTISATION ET MODÈLE ÉCONOMIQUE

Avant la fin de ce siècle, estiment certains spécialistes, 70 % des emplois d’aujourd’hui sera remplacé par l’automatisation  du fait de la cognition artificielle, des capteurs bon marché, de l’apprentissage automatique et de l’intelligence distribuée. Des robots capables de percevoir les humains qui travaillent à proximité pour éviter de les blesser, à qui il suffit de saisir les bras et de les guider pour qu’ils reproduisent les mouvements (avec un coût minime de programmation et de mise à jour donc), et qui ne coûtent pas chers, existent déjà aujourd’hui, et ils pourraient transformer la fabrication d’une manière encore plus brutale que la dernière révolution technologique.

Pour leurs défenseurs, ces robots vont faire des travaux que nous n’avions même jamais imaginé qu’ils pourraient être faits, et nous aider à trouver de nouvelles taches qui élargissent qui nous sommes. Dans cette vision, l’ordinateur ne se contente pas de piloter l’usine moderne, il en devient le modèle même, les robots associés pouvant faire fonctionner une usine. Et la proximité, face à des coûts de fabrication réduits grâce aux robots et à des coûts de transports exponentiels, ne sera pas chère. L’avenir est donc dans ce schéma à un réseau d’usines localement franchisées où les produits seront fabriqués à quelques kilomètres de l’endroit où on en a besoin.

Cela implique néanmoins que les emplois de conception dont nous aurons besoin demain pour faire fonctionner ces robots n’adressent ni les mêmes volumes, ni les mêmes publics que les emplois manuels perdus, et que la piste envisagée pour contrecarrer les impacts de la robotique sur l’emploi, l’éducation et la formation des travailleurs, est loin d’être évidente à mettre en œuvre.

Une autre piste pourtant se dessine, celle de la lutte contre des intérêts en place qui ont une grande incitation à imposer de la rareté, à ralentir l’innovation : la puissance des robots et de la technologie permettent certes de réduire le taux d’emploi, mais plutôt que d’aider ceux qui ont perdu leur emploi à cause de la technologie, les entreprises utilisent la puissance de leurs monopoles pour augmenter le rendement du capital. Pour le dire plus simplement, ce n’est pas tant la technologie (la “robotisation” du monde) qui expliquerait alors la montée des inégalités, que le développement de monopoles basés sur ces technologies…

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