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VERS LA LIBÉRATION DES MACHINES

Et si on créait une civilisation en « open source » ? Un monde sans brevets. Des objets, des appareils, des machines, reproductibles à l’infini par tous ceux qui le souhaitent, à bas coût  (en moyenne 8 fois moins que celles fabriquées industriellement). Pour bâtir des maisons, produire de l’énergie, faire cuire des aliments, extraire des matériaux ou cultiver la terre. De quoi construire un village. Ou une civilisation. Des Etats-Unis à l’Isère, bienvenue dans l’univers de ces pionniers de « l’écologie open source », qui éditent plans et modes d’emploi, construisent des prototypes, expérimentent, partagent et diffusent, bref qui font vivre cette révolution industrielle d’un genre nouveau.

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INDE : UNE RÉFORME DE L’ACQUISITION DES TERRES POURRAIT REBATTRE LES CARTES DU JEU INDUSTRIEL

Une proposition de loi au Parlement indien prévoit d’augmenter les prix des terrains acquis dans le cadre de projets industriels ou d’infrastructures et de mieux protéger leurs habitants. Outre la revalorisation des prix d’achat (multipliés par quatre en zone rurale et par deux en zone urbaine), la loi prévoit une toute nouvelle procédure d’acquisition. Désormais, pour toute vente de terres de plus de 50 hectares en zone urbaine et 100 hectares en zone rurale, une consultation publique sera organisée. Les projets devront recueillir l’assentiment de 80% des propriétaires terriens dans le cas d’initiatives privées, et de 70% pour des  partenariats public-privé. Les personnes expropriées ou déplacées devront aussi bénéficier d’une relocalisation et d’une aide à la réinsertion, supportées par les entreprises. Dernière obligation, les sociétés souhaitant acquérir des terres devront se plier à la rédaction d’une étude d’impact social et environnemental de leur projet, présentée à un panel d’experts pour validation. Autant d’étapes qui font rugir les acteurs économiques indiens, qui y voient une menace pour leurs nouveaux projets, et qui parallèlement ne procurent pas un enthousiasme délirant de la part des mouvements qui militent depuis plus de vingt ans pour une réforme de l’acquisition des terres datée de l’époque coloniale : pour eux, réunir ces 70 ou 80% de consensus ne sera pas une tâche difficile pour les grandes sociétés. Beaucoup d’entreprises indiennes utilisent leur mafia, leurs hommes de main, pour faire pression sur les habitants. Eux militent pour l’interdiction pure et simple des ventes de terres agricoles, afin d’éviter que des sociétés revendre des parcelles acquises de force auprès de paysans sur le marché noir. Mais même si pour le moment aucune sanction n’est prévue en cas de non-respect des clauses du texte, posant le problème de l’application effective de la législation, cette loi représente un espoir pour beaucoup.

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LES ENJEUX DE LA MONTÉE DE LA SURVEILLANCE

Aux Etats-Unis, le FBI a émis des dizaines de milliers de lettres de sécurité nationale ultra secrètes pour collecter toutes sortes de données sur les personnes et en a abusé pour espionner les utilisateurs de services de cloud computing. Il peut recueillir un large éventail de données personnelles d’internet sans mandat, intercepter les données de téléphones portables et utiliser un micro sur certains téléphones classiques. Le département de la sécurité intérieure américain collecte également une quantité massive de données sur les personnes, et les services de police locaux organisent des “centres de fusion” pour collecter et analyser ces données pour dissimuler les ratés de ce programme. Et le gouvernement qualifie régulièrement des choses, non pas parce qu’elles ont besoin d’être secrètes, mais parce que leur libération l’embarrasserait, alors que savoir comment le gouvernement espionne est important. Non seulement parce que l’essentiel de cet espionnage est illégal mais parce que la démocratie exige des citoyens bien informés afin de fonctionner correctement, et que la transparence et la responsabilité sont des éléments essentiels de cela (le gouvernement sert la volonté du peuple, et le gouvernement doit toujours avoir à justifier ce qu’il fait).L’enjeu n’est pas de savoir ce qu’ils font, mais quelle est la justification du recours au secret, et jusqu’où ils vont, ou pour le dire autrement, que la classification des actions ne doit pas signifier la classification des bilans ou des méthodes. La technologie donne au renseignement une puissance sans précédent. En retour nous devons exiger que le bilan qui nous en est livré soit lui aussi plus puissant, afin que nous puissions mieux armer la régulation et nos contre-pouvoirs. La surveillance des gouvernants est primordiale, elle doit être organisée, encadrée et régulièrement revisitée. Face à la montée de la surveillance, la dénonciation est la seule arme des citoyens. Cela signifie donc que nous devons l’armer légalement.

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POUVOIR ET INTERNET

D’après ce spécialiste de la sécurité, la technologie amplifie la puissance non seulement des internautes, mais aussi – et de plus en plus – des pouvoirs en place. Les institutions puissantes (gouvernements et entreprises) peuvent être lentes à faire usage de ce nouveau pouvoir, mais, comme elles sont puissantes, elles peuvent l’utiliser plus efficacement, et y contrôler leurs intérêts. Dans ce contexte, les débats sur l’avenir de l’internet sont moralement et politiquement complexes. Comment concilier respect de la vie privée et renforcement de la loi pour prévenir les violations au droit d’auteur ou la pornographie infantile ? Avons-nous le droit de corriger les données nous concernant ? De les effacer ? Voulons-nous de systèmes informatiques qui oublient des informations après quelques années ? Ces enjeux nécessitent un débat constructif, une coopération internationale et des solutions itératives : si nous n’essayons pas de comprendre comment façonner l’internet de sorte que ses effets positifs l’emportent sur les effets négatifs, de puissants intérêts le façonneront. Il va falloir se battre pour que l’avenir d’Internet appartienne aussi à la population, alors même que les batailles pour l’internet de demain ont lieu maintenant : dans les parlements à travers le monde, au sein d’organisations internationales comme l’Union internationale des télécommunications ou l’Organisation mondiale du commerce et dans les organismes de normalisation. Et aujourd’hui ceux qui battent les tambours de la cyberguerre ne proposent pas de défendre les meilleurs intérêts de l’internet ou de la société, la course aux armements est alimentée par l’ignorance et la peur et se traduit par l’escalade du développement de cyberarmes pour l’attaque et plus de cybersurveillance pour la défense : cela risque d’avoir pour conséquence de déplacer le contrôle gouvernemental jusqu’aux protocoles de l’internet, quand bien même cela réduirait l’innovation née de la libre concurrence sur le réseau. Trois affaires récentes d’arrestation et d’identification via l’internet sont alors prises en exemple pour démontrer qu’internet est désormais un état policier. Tout est enregistré et croisé, et de nombreuses entreprises de big data font des affaires en reconstituant les profils de notre vie privée à partir de sources variées, quelque soit la volonté de s’en prémunir. Il resterait donc à établir un plan de bataille, pour que la technologie la plus stimulante du XXIe siècle ne se résume pas à la mise en place du pire Etat policier que nous n’ayons jamais imaginé.

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VERS UN RÉGIME JURIDIQUE DE L’INTERNET EN CREATIVE COMMONS ?

Faisant le point sur les dix années écoulées depuis la publication des premiers jeux de licence Creative Commons, l’auteur souligne tout d’abord le succès que représente l’acceptation de ces licences par les juridictions dans les divers pays du monde, de même que leur adoption par les médias sociaux (Flickr, Wikipedia, Youtube…), et insiste sur le fait qu’elles ont fait la preuve qu’elles pouvaient être utilisées pour mettre en place des modèles économiques innovants (en continuant à monétiser certains types d’usages tout en laissant circuler leurs œuvres).

Il note par contre qu’elles n’ont guère été employées pour ouvrir les bases de données et libérer les informations publiques, du fait notamment de difficultés juridiques qui pourraient facilement être dépassées. Les autres facteurs de développement son selon lui un travail de sensibilisation des sociétés de gestion collective (qui n’acceptent pas actuellement que les auteurs placent tout ou partie de leur répertoire sous licence ouverte), l’organisation des filières de financement et de distribution par les organismes de soutien à la création (CNC, CNL…), et l’adoption par les administrations, ce pour quoi militent de nombreux réseaux. Et, face au défi majeur qui est de rendre accessible à tous ces licences, au delà du cercle des adeptes de la Culture libre, il propose de de creuser les partenariats avec les grands médias, comme cela a déjà été expérimenté avec la BBC ou Al Jazeera, ce qui constitue pour eux un moyen d’innover et de développer un rapport plus interactif avec le public.

Au bout de ces 10 ans, certaines propositions de réforme du droit d’auteur vont à présent plus loin, en suggérant de placer tous les contenus postés sur le web par défaut sous un régime autorisant la réutilisation à des fins non-commerciales des oeuvres. Si de telles réformes venaient à être mises en oeuvre, c’est le régime juridique de base d’Internet qui deviendrait grosso-modo la licence CC-BY-NC et les auteurs pourraient toujours choisir d’aller plus loin en employant des licences encore plus ouvertes (CC-BY, CC-BY-SA, etc)…

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QUAND LA DÉMOCRATIE SE LIQUÉFIE

Que ce soit via les forums, commentaires, blogs, tweets et autres messages, le débat sur les processus de sélection des candidats au sein du Mouvement 5 étoiles (M5S) agite les fidèles depuis un certain temps. Le mouvement a faim de démocratie directe et tous les sympathisants veulent faire entendre leur voix : le M5S envisage donc d’adopter une plate-forme de « démocratie liquide » pour débattre et voter les motions, voire pour désigner les candidats aux élections.L’instrument idéal pourrait être LiquidFeedback, un logiciel libre qui permet de discuter puis de donner son avis en établissant un ordre de préférence incluant toutes les autres propositions. Le programme calcule ensuite quelles sont les idées les plus plébiscitées, et permet de déléguer son vote à un autre participant pour un sujet en particulier.

Face aux deux risques principaux que cela représente (une dictature des actifs de la plateforme, et les faux comptes incarnant un groupe factice de partisans), la démocratie liquide doit être appliquée à la lettre pour fonctionner correctement. Premièrement, le nombre de votants doit être suffisamment important pour éviter un coup d’État. Deuxièmement, il faut surveiller de très près l’administrateur de la plateforme pour qu’il n’ait pas trop de pouvoir et qu’il n’influence pas le vote si celui-ci est ouvert. Troisièmement, il faut un règlement très strict concernant la gestion pratique de la plateforme et la certification des mandats.

Néanmoins, même si cette forme de démocratie reste en phase de test, avec encore de nombreuses questions (tout le monde pourra-t-il vraiment se présenter, même sans programme ou liens avec la région ? Au contraire, le chef de file aura-t-il le dernier mot ?), il est annoncé que les candidats du M5S seront choisis en ligne et le programme débattu et complété de manière transparente par le biais d’une plateforme Internet, ce qui n’est pas le cas des partis classiques…

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PLANTES EN PARTAGE

A Todmorden, en Angleterre, à côté de l’hôtel de police, près de la caserne des pompiers, de la gare, et même de l’hôpital, des fruits et des légumes poussent dans des bacs. Non loin de la route principale, c’est un jardin collectif aromatique qui est entretenu. Sur une petite pancarte, on peut lire cette recommandation : « Prenez autant de feuilles que vous voulez, mais pas toute la plante »…Après trois ans, en s’appuyant en permanence sur les trois piliers que sont la communauté, l’éducation (cours d’agriculture, centre d’apprentissage du jardinage) et l’économie (promotion des circuits courts) la ville, forte de 14 000 habitants, a atteint 83% d’autosuffisance alimentaire.

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DU MATÉRIEL OPEN SOURCE POUR METTRE L’AGRICULTURE ET LA PRODUCTION À PORTÉE DE TOUS

Ou quand les pratiques open source du monde logiciel infusent au sein du monde matériel…Basé sur le constat que ses outils de travail ne tenaient pas et que cela mettait en péril son activité, un ingénieur-agriculteur a répertorié les 50 machines du « kit de construction du village idéal ». Et construit certaines de ces machines (6 jours pour construire un tracteur, quelques autres pour une machines capable de planter 100 arbres en un jour) qui sont robustes (fabriquées avec des matériaux locaux et recyclés, durant toute une vie), modulaires, peu chères et optimisées. En choisissant de mettre sur un wiki les plans, budgets et autres éléments nécessaires à leur construction, de façon la plus simple possible, il a permis à d’autres d’enrichir ce répertoire, et de lancer un mouvement pour une meilleure distribution des moyens de production…

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LE SUPERMARCHÉ COMMUNAUTAIRE DÉSORMAIS EN RAYON

Inspiré d’un concept venu de Brooklyn à New-York, The People’s Supermarket est un supermarché d’un nouveau genre basé à Londres. Ouvert en juin 2010, il fonctionne sur le même principe que l’AMAP et regroupe 350 membres qui en sont à la fois les gestionnaires et les propriétaires. L’objectif de cette coopérative est de vendre des produits à des prix équivalent à ceux pratiqués par les enseignes de la grande distribution tout en répondant aux mieux aux attentes des habitants du quartier (bio, éthique, local…). En échange d’une contribution annuelle de 25 livres, les membres décident ainsi des produits qui y sont commercialisés, des fournisseurs ou encore des horaires du magasin, et chaque membre peut bénéficier de 10% de réduction sur tout le magasin en échange de quatre heures de bénévolat mensuel au sein de l’enseigne. The People’s Supermarket  s’engage également dans une démarche d’insertion professionnelle. Un nouveau modèle de distribution qui pourrait bien être à l’origine d’une nouvelle relation entre enseignes et consommateurs…

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TECHNOLOGIES ET COOPÉRATION : LE RÔLE DE L’INFORMEL

Pour Sennett, sociologue et enseignant en économie, notre société contemporaine nous fait perdre les compétences de la coopération, pourtant nécessaires pour comprendre la complexité de notre société.En effet, la coopération se développe par l’approfondissement de liens informels entre les gens, de la confiance, choses qui ne sont pas du tout encouragées. Si l’informel ne peut s’épanouir que grâce à des institutions et dispositifs établis de longue date et durables, la réorganisation du capitalisme depuis les années 80, la montée du travail à temps partiel, la disparition du temps partagé ont fait que l’expérience des gens les uns avec les autres et la connaissance de leurs institutions a diminué. Les gens sont désormais tenus de suivre la procédure plutôt que de coopérer entre eux, l’informel et les comportements spontanés sont de plus en plus souvent considérés comme une violation potentielle du contrat qui lie l’employé à son employeur, alors même que les gens sont exhortés à s’acquitter d’un rôle dans l’équipe. Quant à l’apport des technologies, la clé, estime Sennett est de regarder comment elles peuvent être utilisées de manière participative. Les technologies sont trop souvent utilisées pour fourbir “l’efficacité” d’une manière qui contrôle, pour le moment elles sont sous le contrôle de sociétés qui s’intéressent uniquement à la normalisation et au contrôle, alors qu’elles gagneraient à être repensées d’une manière plus humaine.
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