finance

LE SUCCÈS DE LA FAUSSE MONNAIE ANTICORRUPTION

Qui a dit que le meilleur moyen de combattre la corruption était d’arrêter de donner de l’argent ?  En effet, une monnaie dénuée de valeur n’est pas nécessairement inutile, comme le prouve l’Inde qui a inventé un drôle de stratagème : le « zéro roupie », permettant de continuer à corrompre mais par le biais d’une fausse monnaie, pour désamorcer le processus de corruption en place.  Et l’idée fait des petits partout dans le monde : elle plaît à des militants en Argentine, au Népal, au Mexique et au Bénin, à Malaisie qui est déjà en train d’élaborer un projet similaire, au Yémen, où ce genre de monnaie sera lancé dès 2014. Malgré le risque de représailles que cette campagne est en mesure de générer dans les pays où la corruption se fait sous la menace d’une arme, cette stratégie n’en resterait pas moins efficace pour changer les mentalités …

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DE L’INCERTITUDE DES CHANGEMENTS À VENIR EN ITALIE

Aristocrates qui roulent en Jaguar et paysans, patrons et ouvriers au chômage, nouveaux idéologues du fascisme et jeunes des centres sociaux de gauche, opposants du fisc et indépendantistes vénitiens, immigrés et hooligans : le mouvement des « Forconi » qui balaie actuellement l’Italie du nord au sud est un magma, une marmite en ébullition charriant une foule de sigles et d’emblèmes, politiques, syndicaux ou appartenant à divers mouvements de contestation. Il n’a pas de couleur politique clairement définie ni de coordination centrale ou de leader charismatique pour le porter. Du Piémont aux Pouilles en passant par la Vénétie déferle ainsi un tsunami qui n’a ni queue ni tête, mais qui pourrait selon certains analystes avoir des similitudes avec les guerres de Vendée qui firent rage en France à l’époque de la Révolution, les révolutions arabes ou avec les débuts du mouvement autoritaire qui porta Mussolini au pouvoir…

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VERS UNE REDÉFINITION DES LIENS ENTRE BANQUE ET MAFIA AU JAPON ?

A l’automne, la moitié du Japon se passionnait pour le feuilleton TV « Hanzawa Naoki », une histoire de scandale dans une grande banque. Alors qu’approche l’hiver, les grands établissements bancaires du pays sont sous le coup d’enquêtes administratives pour cas avérés et soupçons de prêts à la mafia nippone… Tout débuta en septembre, quand le gendarme des finances somma la mégabanque japonaise Mizuho de cesser de consentir des crédits à des « forces antisociales », un euphémisme qui désigne les yakuzas, au motif qu’aucune disposition efficace n’a été prise pour mettre fin aux transactions avec les forces antisociales, plus de deux ans après qu’ait été appris et prouvé l’octroi de quelque 230 prêts pour un total de 200 millions de yens (1,5 million d’euros) à plusieurs d’entre elles. Les faits reconnus, ça a été au tour de la banque Shinsei, qui, elle a choisi de confesser qu’elle avait encore quelques créances en cours avec les yakuzas, un nombre assez petit pour qu’on ne lui en tienne guère rigueur. Idem quelques jours plus tard pour une entité de crédit du géant Mitsubishi UFJ Financial Group (MUFG), et enfin un peu plus tard pour Sumitomo Mitsui. Si les liens des banques avec la pègre sont anciens, et rentables pour les banques, la répression, elle, n’a pas plus de deux décennies. Mais elle s’entête tout de même, cherchant par exemple à savoir si la banque est solidement engagée à rompre complètement les liens avec les syndicats du crime via une réforme du fonctionnement de ses activités commerciales… et amenant par là à ne plus penser si évidents ces types de liens.

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PLUS QUE LA CRISE, UN CHANGEMENT DE CIVILISATION

Après la vision d’un monde fonctionnant comme une mécanique (Descartes, Newton), puis comme un système énergétique en mouvement (Sadi Carnot, Darwin, Marx), puis comme la mise en lien d’informations (ordinateurs et mouvements de capitaux autonomes), voici venu selon l’auteur le temps d’une nouvelle mutation, différent d’une simple crise. L’évolution est faite de ruptures et de normalité. La crise dans la normalité, c’est lorsque dans le système établi apparaissent des dysfonctionnements qui nous éloignent de la norme. C’est la crise au sens propre du terme, conjoncturelle. Le problème est alors de revenir à la norme. Si le sous-emploi est conjoncturel, on va essayer de rétablir le plein-emploi dans les normes traditionnelles, avec les moyens traditionnels. Les crises de mutation, c’est passer d’un système à un autre : ce n’est pas une crise économique, mais une crise du système néolibéral, c’est la logique même du système qui a provoqué la crise. Et dans ce cas pour réussir la mutation, il ne faut pas chausser les lunettes de la crise du court terme. Il propose donc de changer de lunettes et parle de bio-économie, en partant du constat que si on détruit la biosphère, cela ne sert à rien de disserter sur le Plan et l’avenir de l’humanité : il n’y aura pas d’avenir, pas d’économie. L’économie étant faite pour optimiser (tirer le maximum de résultats, de choses positives, de satisfaction, à partir des moyens limités dont nous disposons), elle retrouve pleinement son rôle. Pour lui le dépérissement du système sera long, car trop d’intérêts sont en jeu, notamment pour le système financier qui est aujourd’hui le grand gagnant. La faillite d’un paradigme n’implique pas qu’il disparaisse immédiatement, mais il y a besoin d’une théorie concurrente qui soit prête à prendre la place.

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LA BANQUE VILLAGEOISE

Une centaine d’habitants de la vallée d’Aspe ont décidé de re-dynamiser l’économie de leur territoire en voie de désertification, en choisissant de collecter l’épargne des habitants et proposer des prêts à taux zéro à des porteurs de projets désireux de s’installer dans la vallée. Cette initiative, qui permet aux gens qui ne souhaitent pas être élus de faire quelque chose pour le territoire, concerne plus d’une centaine d’habitants (soit 4% des habitants de la vallée) qui prêtent chacun 180 € à l’association (15€ par mois). Ainsi 20 000 € ont été récoltés en 2011, qui vont bénéficier à cinq projets : une entreprise de céramique, une autre de ferronnerie-mécanique, deux structures d’aide au développement commercial et un centre de soins esthétiques voient le jour. Parmi ces porteurs de projets, certains n’auraient pas pu démarrer leur activité sans l’association, l’argent prêté servant d’apport personnel à ceux qui n’en ont pas. Un argument non négligeable pour convaincre les institutions financières de la viabilité d’un projet. Chaque demande de prêt est étudiée par le conseil d’administration et un comité technique composé de chefs d’entreprises ou de banquiers, pour la plupart à la retraite. Ceux-ci évaluent la solidité du projet et accompagnent les entrepreneurs dans leurs démarches, de l’étude de marché à la définition de leurs besoins de trésorerie. Plus qu’une somme d’argent, Aspe solidaire apporte donc un soutien technique et moral à ceux qui la sollicitent. De leur côté, les membres ne peuvent espérer un quelconque retour sur investissement lorsqu’ils prêtent de l’argent. Car, quand les sommes engagées sont remboursées 3 à 4 ans plus tard, l’inflation est passée par là. En outre, les prêteurs n’ont aucune garantie de revoir leurs deniers puisque si quelqu’un ne rembourse pas son prêt, l’association ne se retourne pas contre lui, la perte est répartie sur tout le monde. Le succès de la première levée de fonds en 2011 a été tel que les membres d’Aspe solidaire ont décidé d’organiser une deuxième collecte d’épargne en 2013 pour répondre aux sollicitations de nouveaux porteurs de projets. Alors même que les premiers prêts n’ont pas été remboursés, 73 personnes se sont déjà engagées et les inscriptions courent jusqu’à la fin de l’année…

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L’EAU DANS LES MAINS DE WALL STREET ?

Les spéculateurs peuvent déjà parier sur la neige, le vent et la pluie, au moyen de contrats à terme pouvant être négociés à la Bourse de Chicago. Avec une augmentation de 20 % entre 2010 et 2011 de la valeur de ce marché de la météorologie, la fièvre qui s’est emparée de Wall Street transforme mère nature en mère de tous les casinos. Avec comme autre exemple l’initiative internationale  « The Economics of Ecosystems and Biodiversity » (TEEB), qui vise à calculer jusqu’au dernier trillion de dollars la valeur des écosystèmes. La faculté de Wall Street à tirer des profits de la bulle alimentaire, l’incapacité de Washington à réglementer les dérivés (financiers) globaux et la forte tendance à faire de la nature une marchandise. ont convergé cet été vers un seul et unique foyer : la sécheresse qui s’est abattue sur les Etats Unis. Une avalanche de prédictions sociales et environnementales sinistres a accompagné cette sécheresse : en 2035, trois milliards d’êtres humains seront affectés par le stress hydrique, le manque d’eau deviendra chronique, les incendies de forêt se déclareront partout, les moussons deviendront imprévisibles et la fonte des neiges décroîtra de manière drastique, étant donné le nombre d’hivers suffocants. Or, dans le même temps, l’eau est devenue essentielle pour un spectre de plus en plus large d’industries, allant de la houille blanche à la fracturation hydraulique, de la brasserie à la fabrication des semi-conducteurs. Les conséquences sont effroyables : destruction d’écosystèmes, extinction d’un nombre incalculable d’espèces, risques de conflits régionaux et internationaux. Sachant que les plus gros profits ne viennent pas de la vente ou de l’achat de choses bien réelles (comme des maisons, du blé ou des voitures), mais bien de la manipulation de concepts tels le risque et les dettes collatérales, investir dans l’indice boursier « eau » est aujourd’hui recherché comme jamais. Il existe plus de cent indices pour suivre et apprécier la valeur des titres et les actions des entreprises engagées dans le business de l’eau comme les services publics, l’assainissement et le dessalement. Et l’eau est un candidat possible pour des contrats à terme sur le marché des matières premières : elle satisfait aux conditions de fongibilité (l’eau pompée d’un lac, d’un cours d’eau ou d’un torrent est pratiquement la même que celle provenant d’un iceberg, d’un aquifère ou celle recueillie dans un baril d’eau de pluie), et elle devient de plus en plus convertible en cash. L’eau exploitable du futur sera si rare qu’il faudra l’extraire comme un minerai, la traiter, la conditionner, l’embouteiller et, plus important encore, la déplacer et la transporter à travers le monde. Ils savent pertinemment que la demande ne tarira point. L’idée maîtresse d’un marché à terme global de l’eau réside derrière ce concept . Le premier pas a déjà été fait en 1996, avec la création par un district américain d’une messagerie électronique qui permet aux fermiers de vendre ou d’acheter leurs droits sur cette eau à partir de leurs ordinateurs. Dans ce cadre, parier sur l’eau se fera clairement aux dépens des récoltes et augmentera les prix alimentaires mondiaux au-delà des pics enregistrés au cours des cinq dernières années. Pourtant cela peut encore être évité, comme le prouve la gestion du bassin de la Ruhr en Allemagne : la ressource fluviale est gérée non par la main invisible des marchés, mais par un organisme politique appelé Association de la Ruhr, comprenant des représentants des villes, des départements, des industries et des entreprises de la région qui négocient les droits pour les prises d’eau et les charges imposées à la pollution. Une politique qui fonctionne…

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FRONT UNI CONTRE L’ÉVASION FISCALE

Chaque année, 1 000 milliards d’euros sont perdus à cause de l’évasion et de la fraude fiscales dans les pays de l’Union européenne, soit l’équivalent du budget total de l’UE pour les sept années à venir. Pour les pays pauvres, et plus encore pour renflouer les caisses des pays riches asséchées par la crise, l’agenda du G8 à Lough Erne valait son pesant d’or. Une « déclaration de Lough Erne » en dix points a été adoptée, qui prévoit notamment que les administrations fiscales à travers le monde devraient automatiquement partager l’information pour combattre le fléau de l’évasion fiscale. L’engagement du sommet doit aboutir à ce que ceux qui veulent échapper à l’impôt n’aient nulle part où aller. L’enthousiasme est plus tempéré du côté des organisations non gouvernementales qui suivent ce dossier pas à pas, parfois depuis de longues années. Les ONG regrettent surtout que le G8 n’ait pu s’entendre sur la création de registres ouverts au public, qui permettraient de tracer les sociétés-écrans profitant des failles du système pour échapper à l’impôt. Et puis, de la déclaration du G8 à sa mise en pratique, du temps s’écoulera, que les fraudeurs pourront mettre à profit pour inventer de nouvelles combines… Les efforts convergent toutefois, au G8, au G20, au sein de l’UE ou encore à l’OCDE, pour progresser en la matière. Les révélations des “off­shore Leaks” (les fuites relatives aux placements extraterritoriaux, résultat d’une longue enquête menée par un réseau international de journalistes) et l’impécuniosité des finances publiques sont passées par là. Si l’initiative aboutissait à des règles contraignantes, cela permettrait, espère-t-on du côté des ONG, de voir où part l’argent, s’il est évacué aux îles Cayman par des procédés plus ou moins légaux par les entreprises, ou plutôt dans les poches de dirigeants politiques locaux corrompus.

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HARO SUR LE SECRET BANCAIRE

Début 2015, le Luxembourg passe à l’échange automatique d’informations sur l’épargne, l’Autrice a fait part de sa volonté de « négocier » la levée du secret bancaire pour les résidents étrangers détenteurs d’un compte sur son sol, la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, ’Espagne et l’Italie ont écrit à la Commission européenne pour demander un échange automatique d’informations bancaires au sein de l’Union européenne : le processus de lever du secret bancaire gagne l’Europe, isolant la Suisse. Celle-ci ne pourra en effet rester seule sur ses positions, d’autant qu’elle ne pourra pas refuser aux Européens ce qu’elle accepte avec les Américains par le biais de l’accord d’échange d’informations américain FATCA signé en début d’année. Si les journaux européens se font l’écho de cet assaut luxembourgeois sur le secret bancaire, ils relativisent aussi son impact : l’échange automatique d’informations ne concernera que l’Europe et les Etats-Unis, alors que la clientèle des banques luxembourgeoises s’est élargie dans les années 2000 à la Russie, aux pays du Golfe et à l’Amérique Latine, et certains types de revenus ne sont pas visés, tels que des dividendes ou certains produits d’assurance. De quoi faire de ce pays, comme d’autres pays y compris dans l’Union européenne d’ailleurs, un paradis fiscal à bien des égards…

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LES ROBINS DES BOIS DE LA MÉDECINE GRECQUE

En Grèce, rares sont les domaines dans lesquels le changement a été aussi brutal que dans la santé : les Grecs en fin de droits de chômage doivent désormais assumer eux-mêmes leurs dépenses de santé, et la moitié des 1,2 million de chômeurs de longue durée n’en sont pas capables. Par conséquent, quand une personne sans assurance se fait diagnostiquer un cancer, le système l’ignore, elle n’a accès ni à la chimiothérapie ni à la chirurgie, ni ne serait-ce qu’aux médicaments. Face à la dégradation du système public, qui contraint même certains patients à apporter eux-mêmes pour leurs soins seringues, stents et autres fournitures, des médecins ont décidé de prendre les choses en main. Ils ont créé un réseau informel pour venir en aide aux non-assurés atteints de cancer ou d’autres maladies : hors du cadre officiel, ce réseau fonctionne grâce à des dons d’excédents de médicaments venant de pharmacies, de laboratoires ou même de proches de cancéreux ayant succombé à la maladie. Et permettent, outre les soins vitaux, de faire renaître l’optimisme chez ceux qui avaient presque renoncé, en amenant les preuves d’un peuple qui tient debout, grâce à la solidarité…

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LE COMBAT DE L’ISLANDE CONTRE LES RESPONSABLES DE LA CRISE

Quand l’Espagne, la Grèce et le Portugal s’enfoncent dans l’austérité, l’Islande a choisi de faire condamner les responsables de la crise financière, et prouve qu’un pays peut survivre à un crash mondial, sans endetter ses citoyens sur plusieurs générations ni transformer des dettes privées en dette publique : le taux de chômage, qui dépassait les 8 % en 2009 et 2010 après le tsunami financier de fin 2008, est redescendu à 4,4 %, les hausses d’impôts ont visé principalement les plus hauts revenus, et la dévaluation de la couronne a dopé l’économie (les banques islandaises ont allégé la dette de plus d’un quart de la population et sont obligées d’effacer une partie des dettes immobilières des particuliers lorsque celles-ci sont supérieures à 110% de la valeur du bien).

Sous la pression populaire, le pays a donc mobilisé ses faibles moyens pour enquêter sur les crimes financiers et établir les responsabilités, donner à la justice des moyens conséquents (pour assurer une très bonne connaissance des dossiers face à l’armée d’avocats engagés par les banquiers), lever le secret bancaire, et faire aboutir les procédures judiciaires. Aujourd’hui des anciens PDG et ex-dirigeants écopent de peines de prison allant de plusieurs mois à plusieurs années de prison ferme pour la plupart, et d’autres dirigeants sont inculpés pour manipulation du cours des actions, fraude, évasion fiscale ou délit d’initié (notamment dans l’administration). Au total, une centaine de personnes devraient être inculpées d’ici fin 2014, permettant de dire que, si le système n’a pas changé, certains en sont néanmoins exclus, et l’Islande n’est pas autant ouverte qu’avant au système financier international.

Ce processus se fait dans une transparence totale : une Commission spéciale d’enquête a ainsi été chargée d’établir une chronologie de la crise, d’analyser avec minutie le processus d’effondrement bancaire (comment la taille des trois principales banques a été multipliée par 20 en sept ans par exemple, ou pourquoi les propriétaires de ces banques en étaient également les principaux emprunteurs…) et d’examiner les responsabilités de chacun des acteurs économiques. Les huit livres résultants de ce travail sont disponibles dans les librairies, et ne taisent aucun nom.

Un autre résultat est la décision de la justice européenne de donner raison à l’Islande qui a refusé de rembourser les dettes des actifs pourris (la liquidation de la banque les remboursant finalement). Une décision de justice qui pourrait ouvrir la voie pour d’autres pratiques…

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