consommation

VERS LA LIBÉRATION DES MACHINES

Et si on créait une civilisation en « open source » ? Un monde sans brevets. Des objets, des appareils, des machines, reproductibles à l’infini par tous ceux qui le souhaitent, à bas coût  (en moyenne 8 fois moins que celles fabriquées industriellement). Pour bâtir des maisons, produire de l’énergie, faire cuire des aliments, extraire des matériaux ou cultiver la terre. De quoi construire un village. Ou une civilisation. Des Etats-Unis à l’Isère, bienvenue dans l’univers de ces pionniers de « l’écologie open source », qui éditent plans et modes d’emploi, construisent des prototypes, expérimentent, partagent et diffusent, bref qui font vivre cette révolution industrielle d’un genre nouveau.

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UNE NOUVELLE VISION DU CENTRE COMMERCIAL

Les nouveaux centres commerciaux, au contraire de leurs ancêtres, se veulent des « lieux de vie », écologiques et accueillants. L’Atoll, près d’Angers, est l’un des plus grands d’Europe. L’anneau de 1 600 mètres de circonférence en résille d’aluminium perforé a des airs de stade olympique. La carapace — dépourvue de noms d’enseignes pour ne pas polluer l’ambiance visuelle — dissimule réserves, camions et poubelles. Ses concepteurs y voient le nec plus ultra du commerce d’entrée de ville, lequel avait, à en croire les services de communication du centre, grand besoin d’être « révolutionné » par l’ajout de quelque six cents arbres. Une petite musique pop s’échappe en outre de haut-parleurs disposés le long de ce qu’il faut bien appeler un « parcours ». Les innovations de l’Atoll ne laissent pas le badaud indifférent : salle de sport, navette électrique, jardin d’enfants, bancs « publics », petits parcs avec fontaine, poubelles stylisées … La Compagnie de Phalsbourg, l’un des trois mastodontes de l’immobilier commercial en France, n’a pas lésiné sur les moyens : plus de 150 millions d’euros de budget, dont 2 millions pour les espaces verts, et s’explique : « l’Atoll, c’est un lieu de vie, car, aujourd’hui, il est plus facile de rester dans son canapé en pantoufles et d’effectuer ses achats en ligne que d’aller faire ses courses dans un supermarché. Donc, pour que les gens sortent de chez eux, on doit leur offrir plus, on doit leur offrir du beau. » Les enfants peuvent jouer sur les grands modules au cœur de l’Atoll ou regarder un DVD sous l’œil des salariés de la Maison de l’Atoll, pendant que leurs parents font les courses, se rend chez le coiffeur, pratique la zumba au club de sport ou se restaure dans l’un des dix restaurants situés au centre de la zone, rassurée par la présence de cent une caméras de vidéosurveillance et par les patrouilles d’agents de sécurité sous-traitants. Pour ses concepteurs l’idée, c’est de dire que le peuple a droit au lustre, à l’or et au marbre, de quoi se considérer comme les Karl Marx de l’immobilier commercial…

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LES FRANÇAIS PLÉBISCITENT LE RÉEMPLOI

Une étude publiée par l’ADEME témoigne de la dynamique économique du secteur du réemploi et du recyclage des objets de consommation, des services que 98 % des Français déclarent utiliser. La réussite de Recommerce Solutions, entreprises française spécialiste de la reprise de produits électroniques (en particulier de téléphones mobiles), en témoigne : en quatre ans, ils sont devenus numéro 1 de leur secteur et ont pour clients les grands opérateurs de téléphonie mobile. Quand les clients rapportent un téléphone ou un ordinateur, ils bénéficient soit d’un bon d’achat, soit d’une compensation financière. Recommerce Solutions reconditionne ensuite les appareils sur un plan technique et leur redonne ainsi une valeur financière commerciale. Les produits réemployés sont vendus en France mais aussi sur d’autres marchés, en Asie et en Afrique. Leur réussite leur a permis de recruter  une quarantaine de personnes et d’alimenter 70 emplois indirects. Le concept du recommerce est une véritable tendance de fond pouvant s’appliquer à énormément de produits : du coup le chiffre d’affaire de ce secteur est estimé à 1250 millions d’euros par an dont 250 millions d’euros générés par l’ Economie Sociale et Solidaire. Il a augmenté de 10 % en deux ans et les diverses études réalisées auprès des consommateurs mentionnent toutes ces changements de tendance…

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LA FIN DU POISSON ANNONCÉE POUR 2035

Soumis à un rythme frénétique de prélèvements, les poissons doivent aussi faire face à une pollution croissante des océans et au changement climatique : 3% des stocks mondiaux sont épuisés, 28% sont surexploités, et donc menacés d’extinction si aucune mesure restrictive n’est adoptée, 50% des réserves halieutiques sont pleinement exploitées, les captures actuelles seraient par conséquent proches du niveau de production maximale, sans aucune marge d’expansion possible. Les prévisions les plus pessimistes promettent la fin du poisson pour… 2035, c’est à dire demain. Sur le banc des accusés : la pêche industrielle, allègrement subventionnée en Europe (en Méditerranée, la pêche artisanale, qui représente 84% de la flotte n’a droit qu’à 10% des quotas)et peu créatrice d’emplois. Selon la Cour des comptes européenne, des pressions sont exercées sur le Conseil européen pour fixer des totaux admissibles de capture supérieurs à ceux que recommandent les scientifiques. Face à cette menace, des artisans pêcheurs ont décidé de s’allier avec l’organisation écologiste Greenpeace, et tentent de faire reconnaître leur métier. Toujours présents à bord, les « petits » patrons pêcheurs maîtrisent en effet plusieurs techniques de capture, ils s’adaptent aux saisons et aux stocks disponibles, ne ciblant que les espèces qu’ils souhaitent attraper. Certains d’entre eux ont même mis en place une période d’un mois « chômée » pour laisser au poisson le temps de se reproduire… Des pratiques qui, si elles étaient généralisées, permettraient de manger du poisson encore longtemps.

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DÉTROIT, LABORATOIRE DU MONDE D’APRÈS

La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée : un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés (fermeture massive d’écoles (50 % dans le centre ville, fui par les Blancs et aisés), coupures d’électricité et d’eau, services de santé inaccessibles pour les plus démunis). Pourtant, derrière les scènes de désolation, une société post-industrielle est en train de naître, grâce à l’expansion d’une agriculture urbaine et à l’émergence de solidarités de quartier. En effet, de plus en plus de jeunes gens quittent les banlieues et regagnent le centre-ville pour s’y installer. Ils y achètent une maison à bas prix, s’équipent d’un vélo et réinvestissent progressivement Détroit. Et alors que la portion de la ville inoccupée est évaluée à 233 km² (sur une surface totale de 350 km²), la « Rust Belt » pourrait se transformer en « Green Belt » : aujourd’hui, plus de 1 300 jardins sont gérés par un programme, qui, contre 10 $ par an (7 euros) pour les jardins communautaires et 20 $ (15 euros) pour les jardins familiaux, assure distribution de graines, plants et formations. Développer un jardin est aussi vu comme un moyen de construire une solidarité de quartier, une communauté, et de la rendre résiliente aux événements extérieurs. Cette transformation du rapport à la nourriture générerait donc une véritable révolution culturelle au pays des Fast-Food, l’agriculture étant perçue comme un moyen de se nourrir, de créer des emplois plus sains pour tous et de redonner du sens à la vie collective. Un combat qui va de pair avec celui de la préservation de la pression urbaine des fermes alentours, seules à même de produire des cultures à faible valeur ajoutée, comme le blé ou le haricot noir. Les moteurs du mouvement pour la relocalisation de l’alimentation espèrent que ce dernier saura s’inspirer du modèle économique de l’industrie de la bière aux Etats-Unis, qui montrent des coopératives de bières artisanales locales gagnant des marchés de grandes firmes.

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POUR UNE GESTION DE L’EAU DURABLE EN FRANCE

L’eau étant un bien commun, la logique qui a prévalu tout au long du siècle précédent a été d’en garantir l’accès, ce qui est aujourd’hui le cas pour 99 % de la population. Son prix par contre a été multiplié par trois depuis 1990, alors même que le secteur de la gestion de l’eau doit intégrer la préservation de l’environnement et de la qualité de l’eau dans un contexte de rareté de plus en plus fréquente. L’enjeu pour le Centre d’Analyse Stratégique est donc désormais de définir un système de rémunération qui soit soutenable pour les opérateurs, pour l’environnement et pour les ménages. Il propose pour cela d’augmenter la part variable au contraire de l’abonnement pour pénaliser les plus gros consommateurs, de développer une tarification progressive ou saisonnière pour les communes qui présentent des risques de pénurie d’eau, d’instaurer une rémunération des services en eau qui soit fonction d’indicateurs de performance environnementale et sociale, mais aussi de rééquilibrer le financement de l’assainissement des eaux pluviales urbaines en incitant la collectivité à recourir à la nouvelle taxe pluviale assise sur le foncier imperméabilisé.

Lire la note (16 pages), lire les autres notes sur la gestion de l’eau

DES ÎLES DE PLASTIQUE DANS LES OCÉANS

Une baleine qui meure de 17 kg de plastique dans son estomac ; une tortue qui éjecte du plastique pendant un mois … Bien que ponctuels, ces événements prouvent que les océans sont aussi contaminés que les terres. Les gyres, ces zones de convergence qui accumulent en masse les déchets plastiques, sont en effet souvent qualifiés d’îles de déchets, voire de septième continent, et avec raison : le gyre nord pacifique par exemple, qui représente un peu plus de la superficie de l’ex-URSS, est totalement contaminé, avec deux millions de bouts de plastique par kilomètre carré. Et si l’appellation d’îles de déchets n’est actuellement pas raisonnable, cela le sera d’ici les prochaines décennies. Il y a quelques années, la production de plastique était de quelques milliers de tonnes de plastique par an. Aujourd’hui, on a dépassé les millions. Ce que nos données indiquent, c’est que l’augmentation annuelle de la concentration en plastique dans l’océan est proportionnelle à l’augmentation de la production industrielle de plastique. Avec, parmi les modifications que cela implique, de nouveaux habitats, les débris de plastique remplaçant les récifs coralliens et attirant à eux des poissons ou mollusques qui vivent normalement près des côtes, ou poussant des poissons habitués aux eaux peu profondes à 3.000 m de fond. Cette faune vit donc avec le plastique, et avec de très grandes quantités de polluants à la vie longue désormais interdits (les PCB, les DDT, les alcanes), mais vit moins longtemps. L’avenir des océans semble donc sombre si on considère comme l’auteur que l’homme n’est pas capable de se réguler…

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INNOVATION ET ACHAT DURABLE

Très réglementé par le code des marchés publics, l’achat est à première vue loin d’être le premier sujet porteur d’innovation. Pourtant les administrations comptent de plus en plus sur le levier de la commande publique pour agir sur le tissu économique et les fournisseurs en les incitant à proposer des produits et services plus soutenables, compatibles avec de nouvelles exigences environnementales et sociales. Une résidence à la Région Rhône-Alpes a ainsi amené à prototyper quelques pistes d’innovation en la matière, parmi lesquelles :

  • l’apéro-défi : un rendez-vous régulier et convivial où sont réunis prestataires, agents, partenaires régionaux et experts intervenants sur un domaine ou une politique en cours. Cet outil très facile à mettre en place permet de faire se confronter des compétences et métiers qui ne se rencontrent pas habituellement, très en amont d’un processus d’achat (avant l’écriture du cahier des charges), afin de préciser la nature et l’objet du besoin sous l’angle des principes du développement durable. Il prend concrètement la forme d’un Pecha Kucha (6 diapositives et 6 minutes de présentation par projet), et se poursuit sur Tweeter.
  • Le wiki marché : conçu comme un outil de lutte contre les marchés infructueux, il facilite l’écriture collaborative d’un marché (mémoire des marchés similaires, corpus commun de clauses et critères Développement durable)
  • le micro-voyage d’étude prestataire : à compter d’une demi-journée par agent tous les 6 mois, ces écahnges entre agents et prestataires en amont de toute contrainte légale de consultation permet de confronter visions et pratiques du Développement durable, et d’instaurer une relation basée sur la confiance.

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MODES DE VIE DU FUTUR : SOBRIÉTÉ ET COOPÉRATION PIVOTS DES SCÉNARIOS LES PLUS PROMETTEURS

Partant de l’incohérence à imaginer une ville durable à l’horizon 2050 sans que les modes de vie en soient profondément transformés, le CNRS, le ministère de l’Écologie et du Développement durable et l’Ademe ont mené un exercice prospectif, inédit en France, qui identifie les variables clés de l’évolution des modes de vie en France, et leurs impacts sur les émissions de CO2 : émergence de nouveaux comportements à travers l’habitat groupé, les régimes alimentaires, les nouvelles pratiques de mobilité, la simplicité volontaire, mais aussi, plus généralement, l’évolution des représentations sociales, des modes d’habiter, de consommer, de travailler, dont les effets sont significatifs sur les consommations d’énergie. Il en ressort cinq visions du futur :

- la continuation actuelle de la « société du consumérisme vert « , scénario tendanciel en regard des modes de vie en Europe. Le maître mot : l’adaptation, au stress, à la pénurie de fonds publics, au changement climatique… doublée de demandes multiformes de sécurité. Les modes de vie sont conformistes et hiérarchisés. Le travail reste une valeur pivot.

- la « société de l’individu augmenté » célèbre l’arrachement au temps et à l’espace. Le nucléaire voit sa part croître dans le système énergétique, les investissements dans la fusion nucléaire se poursuivent, peaux photovoltaïques, smart grids, biocarburants artificiels et agrocarburants se répandent. Une élite de cyborgs bénéficiant de la convergence de technologies NBIC (nano-bio-info-cognitif) coexiste avec des tissus péri-urbains paupérisés et bricolés. La dualisation sociale et environnementale bat son plein, l’extérieur étant dégradé par la crise climatique et écologique et marqué par la fin du tourisme.

- la « société duale de sobriété plurielle » voit les décroissants et créatifs culturels du XXème siècle ouvrir la voie. La sobriété est imposée par la précarité. Les valeurs cardinales sont la tolérance, le pluralisme, la diversité culturelle. C’est l’âge de faire et l’époque de l’exode urbain. 60% de la société du premier monde continue d’alimenter le système économique historique dans les métropoles, tandis que les 40% restant ont décroché, créant de nouvelles formes d’organisation sociale. La montée en puissance du système D amplifie les alternatives. Une centrale nucléaire sur deux n’est pas remplacée car la demande énergétique du second monde a fortement baissé.

- la « société de l’écocitoyenneté » voit la crise climatique induire des formes de pénurie en même temps qu’un système productif vertueux. La prise de conscience de l’impact des modes de vie sur l’environnement a entraîné des changements dans les choix individuels et collectifs : sobriété, agriculture de proximité, décentralisation énergétique, mobilité solidaire.

- la « société âge de la connaissance » se caractérise par le réinvestissement de l’espace public, le retour aux savoirs vivants, des voies nouvelles en agriculture, une descente énergétique, la régression de la consommation, la vigueur de l’autoproduction et une économie plurielle partagée entre travail salarié et bénévolat. Les « grands créatifs » sont les héros de la société.

En conclusion, on note que les technologies seules et la modification des mix énergétiques ne permettent pas d’atteindre le Facteur 4. C’est par l’association d’actions de sobriété, de réduction des besoins et d’une modification des mix et des sources d’énergie que les résultats de modélisation parviennent à atteindre des niveaux de réduction de GES compatibles avec le Facteur4. Les sociétés des trois derniers scénarios sont les plus prometteuses en la matière.

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CES VILLES QUI EXPÉRIMENTENT LES SERVICES PUBLICS GRATUITS

Transports en commun totalement gratuits à Aubagne ou Châteauroux, premiers litres d’eau gratuits dans des communes de l’Essonne ou des Bouches-du Rhône… : les expériences de gratuité se multiplient dans les services publics locaux. Avec, en ce qui concerne les transports, des objectifs largement dépassés (progression du nombre d’usagers de 146% à Aubagne en 2 ans, de 208 % en 10 ans à Chateauroux) puisque la gratuité, en plus de créer de la mobilité, attire de nouveaux usagers, parmi lesquels les jeunes de moins de 18 ans et les personnes « non captives » disposant d’un véhicule motorisé (deux-roues ou voiture). Plus que les problèmes de vandalisme, très peu en augmentation au regard du nombre de nouveaux usagers, ou le financement des 20 % des besoins que couvrent en moyenne les ventes de ticket, payé dans les exemples cités par les entreprises privées ou publiques situées sur le territoire et employant plus de neuf salariés (augmentation de la contribution du versement transport porté à 1 % environ de la masse salariale), c’est le lien avec le recul de la voiture qui est discuté. En effet, pour être efficace, la gratuité doit s’accompagner de contrainte sur l’automobile (circulation et stationnement) et d’un urbanisme cohérent. Rendre les transports publics financièrement plus attractifs passe également par une information sur les coûts réels de la voiture et par une hausse de ces coûts (carburant, stationnement, péage urbain…). Et, plus généralement, le concept de gratuité qui est encore contre-culturel pour beaucoup, même si de plus en plus de municipalités cherchent par ces mesures à montrer que l’eau notamment est un bien commun et qu’il est de notre responsabilité collective d’en prendre soin.

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