cohésion

DE L’INCERTITUDE DES CHANGEMENTS À VENIR EN ITALIE

Aristocrates qui roulent en Jaguar et paysans, patrons et ouvriers au chômage, nouveaux idéologues du fascisme et jeunes des centres sociaux de gauche, opposants du fisc et indépendantistes vénitiens, immigrés et hooligans : le mouvement des « Forconi » qui balaie actuellement l’Italie du nord au sud est un magma, une marmite en ébullition charriant une foule de sigles et d’emblèmes, politiques, syndicaux ou appartenant à divers mouvements de contestation. Il n’a pas de couleur politique clairement définie ni de coordination centrale ou de leader charismatique pour le porter. Du Piémont aux Pouilles en passant par la Vénétie déferle ainsi un tsunami qui n’a ni queue ni tête, mais qui pourrait selon certains analystes avoir des similitudes avec les guerres de Vendée qui firent rage en France à l’époque de la Révolution, les révolutions arabes ou avec les débuts du mouvement autoritaire qui porta Mussolini au pouvoir…

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ASSOCIATIONS : PLAN SOCIAL ET DESTRUCTION DES PROJETS

En Seine-Maritime, le nombre d’éducateurs de rue est divisé par deux suite à la décision du conseil général de réduire les subventions : 74 emplois supprimés sur les 140 que compte le secteur. Entre 2010 et 2012, le secteur associatif a ainsi perdu 11 000 emplois alors qu’il représente aujourd’hui un emploi sur dix du secteur privé. Bet l’année 2014 s’annonce très rude : compte tenu des 14 milliards d’économie annoncée par le gouvernement, dont 1,5 milliard de baisse de la dotation des collectivités locales, le monde associatif subira un plan social invisible de 30 000 à 40 000 emplois l’année prochaine. La lutte contre le déficit public pousse en effet les collectivités à se recentrer sur leurs compétences obligatoires au détriment des actions en faveur de la vie associative en général, de l’environnement, de l’éducation populaire, de la défense des droits, de la culture et du sport. De fait, après la « modernisation » de l’État (RGPP), c’est au tour des associations de devoir se convertir au modèle de gestion anglo-saxon, au « lean management » et à la performance chiffrable. C’est l’idée selon laquelle les associations sont certes sympathiques, mais souffrent d’amateurisme, elles doivent donc moderniser leur fonctionnement en empruntant les formes de management des grandes entreprises privées. Le modèle concurrentiel introduit par les appels d’offre fait déjà de gros dégâts, car ce sont les associations les plus grosses et les plus institutionnalisées qui raflent les marchés, celles-là même qui sont le plus subventionnées. En 2011, l’Etat a consacré deux tiers de ces aides à seulement 342 structures (sur les 21 119 subventions répertoriées), et 3,5% des associations subventionnées reçoivent les trois quarts de l’appui public. D’autre part, 42% de ces financements sont destinées à des organisations para-publiques : centres de formation, établissements d’enseignement supérieur, fondations politiques, musées, grandes institutions culturelles, de la Croix-Rouge aux instituts techniques agricoles, en passant par les orchestres nationaux. Outre ces inégalités de traitement, le système des appels d’offre détruit aussi les projets associatifs. Les besoins ne sont pas définis par rapport à une situation réelle rencontrée localement, mais à partir d’un cahier des charges élaboré par le financeur, souvent en décalage avec les réalités du terrain. Et il n’y a plus que des relations commerciales, donc plus de confiance ni avec les financeurs ni entre les usagers et les travailleurs sociaux par exemple. Certains proposent alors de sortir du champ concurrentiel un certain nombre d’activités associatives, qui ne rendent pas le même service que les entreprises privées (comme l’a fait l’Allemagne), ou alors de demander aux grosses associations, qui bénéficient du régime fiscal dérogatoire des organismes non lucratifs, de justifier que leur finalité n’est pas le profit, mais l’intérêt général, au service de la collectivité.  Au delà de la situation des associations, une question plus large émerge : fabriquer de l’intelligence collective sans forcément vendre un business plan sera-t-il encore possible dans un monde privé de ses associations ?

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VIVRE SEUL

A toutes les époques et dans toutes les cultures, c’est la famille, et non l’individu, qui forme le socle de la vie sociale et économique. Au cours de ces cinquante dernières années, notre espèce s’est engagée dans une expérience sociale inédite : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, un nombre élevé d’individus de tous âges et de toutes conditions ont décidé de vivre en solitaire, en « singleton ». Qu’elles résultent d’un divorce, d’un décès ou du refus de se marier, les périodes de vie en solitaire durent des années, voire des décennies. Les cycles de vie sont ainsi marqués par des arrangements dans lesquels la structure familiale n’occupe plus qu’une place temporaire ou conditionnelle. Pourtant la vie en solitaire constitue l’un des sujets les moins discutés et donc les moins compris de notre temps, alors que la propagation de ce mode de vie oriente la conception de l’espace urbain (logements, transports, etc.) et le développement de l’économie des services à la personne (maintien à domicile, garde d’enfants, livraison de nourriture, etc.)… Et le phénomène ne se limite pas aux anciennes puissances industrielles, puisque c’est en Chine, en Inde et au Brésil qu’il progresse le plus vite : le nombre de singletons aurait augmenté de 33 % en dix ans dans le monde. Cette tendance, liée au développement économique et à la sécurité matérielle qui en découle pour une partie de la population, repose sur la croyance dominante que la recherche du succès et du bonheur passe moins par les liens tissés avec autrui que par la capacité à sortir du lot et à saisir les meilleures occasions (vivre seul donne le temps et l’espace pour jouir de la compagnie des autres). Cette évolution se traduit aussi par un attachement de plus en plus faible aux lieux de vie et au travail, caractérisé par une instabilité permanente des postes, des salaires et du lendemain. Et si vieillir seul n’est pas facile (gérer sa retraite, soigner ses maladies, accepter ses déficiences, voir ses proches mourir les uns après les autres), depuis quelques décennies, les personnes âgées préfèrent tout de même généralement vivre seules sous leur propre toit plutôt que de s’installer dans leur famille, chez des amis ou en maison de retraite. La vie en solitaire permet à chacun de faire ce qu’il veut, quand il le veut, à sa manière. A l’âge des médias numériques et des réseaux sociaux, devenus si envahissants, le statut de singleton apporte un bénéfice plus considérable encore : du temps et de l’espace pour une solitude réparatrice. Vivre seul et souffrir de solitude sont deux états bien différents : peu importe si les gens vivent seuls, ce qui compte, c’est qu’ils ne se sentent pas isolés.

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LA BANQUE VILLAGEOISE

Une centaine d’habitants de la vallée d’Aspe ont décidé de re-dynamiser l’économie de leur territoire en voie de désertification, en choisissant de collecter l’épargne des habitants et proposer des prêts à taux zéro à des porteurs de projets désireux de s’installer dans la vallée. Cette initiative, qui permet aux gens qui ne souhaitent pas être élus de faire quelque chose pour le territoire, concerne plus d’une centaine d’habitants (soit 4% des habitants de la vallée) qui prêtent chacun 180 € à l’association (15€ par mois). Ainsi 20 000 € ont été récoltés en 2011, qui vont bénéficier à cinq projets : une entreprise de céramique, une autre de ferronnerie-mécanique, deux structures d’aide au développement commercial et un centre de soins esthétiques voient le jour. Parmi ces porteurs de projets, certains n’auraient pas pu démarrer leur activité sans l’association, l’argent prêté servant d’apport personnel à ceux qui n’en ont pas. Un argument non négligeable pour convaincre les institutions financières de la viabilité d’un projet. Chaque demande de prêt est étudiée par le conseil d’administration et un comité technique composé de chefs d’entreprises ou de banquiers, pour la plupart à la retraite. Ceux-ci évaluent la solidité du projet et accompagnent les entrepreneurs dans leurs démarches, de l’étude de marché à la définition de leurs besoins de trésorerie. Plus qu’une somme d’argent, Aspe solidaire apporte donc un soutien technique et moral à ceux qui la sollicitent. De leur côté, les membres ne peuvent espérer un quelconque retour sur investissement lorsqu’ils prêtent de l’argent. Car, quand les sommes engagées sont remboursées 3 à 4 ans plus tard, l’inflation est passée par là. En outre, les prêteurs n’ont aucune garantie de revoir leurs deniers puisque si quelqu’un ne rembourse pas son prêt, l’association ne se retourne pas contre lui, la perte est répartie sur tout le monde. Le succès de la première levée de fonds en 2011 a été tel que les membres d’Aspe solidaire ont décidé d’organiser une deuxième collecte d’épargne en 2013 pour répondre aux sollicitations de nouveaux porteurs de projets. Alors même que les premiers prêts n’ont pas été remboursés, 73 personnes se sont déjà engagées et les inscriptions courent jusqu’à la fin de l’année…

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QUEL MODÈLE RÉPUBLICAIN DANS 10 ANS ?

La France, comparativement à certains de ses voisins européens, demeure pour le Centre d’Analyse stratégique qui publie une note sur ce sujet, un pays homogène sur le plan de l’accès aux ressources (services publics, prestations sociales), de la distribution des infrastructures et de la répartition des revenus. De plus, son modèle social est apprécié par la majorité de ses habitants. Néanmoins, les principes fondateurs de notre modèle républicain gagneraient selon lui à s’adapter aux évolutions qui ont transformé la société et les relations sociales, et changé notre rapport au politique et aux institutions. Alors qu’elles sont de moins en moins acceptées, les inégalités sociales et territoriales persistantes ainsi que les discriminations liées au sexe, à l’orientation sexuelle ou à l’origine alimentent un sentiment d’injustice et de cohésion sociale dégradée. Enfin, la participation à la vie publique ne se cantonne plus au vote et à l’adhésion à la démocratie représentative : d’autres formes d’engagement citoyen se font jour. Il convient donc d’accompagner ces changements afin de lutter contre la perte de confiance dans les institutions (gouvernement, pouvoirs locaux, école) et dans les acteurs privés comme l’entreprise. À terme, il s’agit de garantir l’adhésion de tous à un projet commun, en s’appuyant sur les savoir-faire et les mérites de chacun. Le modèle républicain, sans nul doute, porte en lui les ressources pour s’adapter à cette société plurielle dans ses composantes comme dans ses attentes, une adaptation qui devra aller de pair avec l’amélioration de notre modèle social …

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LE DEVENIR DES RÉFUGIES CLIMATIQUES EN QUESTION

Il ne reste que quatre ans aux 350 habitants de Newtok, en Alaska, avant que leur village ne disparaisse. Alors que la concentration de CO2 dans l’air vient d’atteindre un record, 150 millions de personnes dans le monde vivent dans des zones susceptibles de disparaître sous les flots d’ici la fin du siècle. Et avant même d’avoir les pieds dans l’eau, les habitants doivent quitter des endroits dans lesquels ils ne peuvent plus vivre : la salinisation des nappes phréatiques proches des côtes les rend impropre à la consommation, et les terres impossibles à cultiver. La réalité des réfugiés climatiques est cependant bien plus vaste. A côté des habitants des îles du Pacifique ou de l’Alaska, il y a aussi les personnes qui ont dû fuir la Nouvelle Orléans après l’ouragan Katrina, ou encore ceux que menace la raréfaction en eau, due à la fonte des glaciers. Par conséquent, les paysans se déplacent vers les capitales pour travailler et ramener quelques subsides à domicile, en Amérique du Sud comme en Afrique. Ces migrations intra-étatiques peuvent être périurbaines, régionales, circulaires, saisonnières, due aux facteurs climat comme à des causes économiques, politiques ou familiales. Autant d’éléments qui rendent la définition même de « réfugié climatique » très complexe. Le choix d’un cadre juridique n’est donc pas évident : la convention de Genève, qui encadre le statut des réfugiés, ne garantit de protection qu’aux personnes ayant franchi une frontière, le projet de Convention internationale sur les déplacés environnementaux reste théorique tant qu’il n’est pas doté d’une organisation mondiale environnementale spéciale, doublée d’une haute autorité indépendante et d’un fonds financier, et la Convention de Kampala, premier texte inter-étatique contraignant sur le sujet entré en vigueur en 2012, établit une hiérarchie entre une protection importante des personnes victimes de persécutions politiques ou de changements climatiques et ceux qui fuient simplement la misère et se verraient refoulées de manière systématique. Sachant qu’il n’est pas toujours aisé de démêler les raisons climatiques des raisons économiques (notamment pour les paysans), la mise en avant de la problématique des réfugiés climatiques peut aussi induire un risque de crispation, dans un climat de fermeture des frontières et de rejet de l’autre. Les partis d’extrême droite ont d’ailleurs déjà récupéré le thème pour alimenter la peur de l’étranger dans certains discours. Reste que la gestion des flux migratoires et des futurs risques liés aux catastrophes écologiques feront certainement partie des grands défis de demain : selon les Nations Unies, 500 millions de personnes pourraient migrer d’ici 2050 pour cause d’inondations, de dégradation des sols, de catastrophes naturelles ou encore de déforestation et d’accidents industriels…

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IMMIGRATION ET POLITIQUE

En Allemagne, un citoyen sur dix disposant du droit de vote a des origines étrangères, ce qui représente pas moins de 5,5 millions de voix. Et si, à la fin de la Guerre froide, les préférences politiques des immigrés étaient faciles à déterminer (les électeurs issus de l’immigration polonaise ou soviétique votaient pour la CDU et les travailleurs immigrés venus de Turquie et des pays arabes plutôt pour le SPD), elles sont aujourd’hui moins évidentes, les voix des immigrés sont notamment sollicitées de plus en plus ouvertement par les Verts, et même par l’extrême gauche post-communiste. Dans un contexte oùl’hostilité envers les étrangers d’une partie de l’électorat du SPD est flagrante, et où le programme électoral de la CDU rejette clairement l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, s’oppose à l’idée de la double nationalité et au droit de vote des étrangers hors UE aux élections locales, la place pour un nouveau parti, fondé par les musulmans et censé représenter les immigrés, se fait plus importante. Un avertissement pour les partis traditionnels, qui risquent de générer de nouvelles formations politiques captant cet électorat s’ils continuent de décevoir les immigrés…

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VERS DE NOUVEAUX CRITÈRES POUR LES INFRASTRUCTURES DE TRANSPORT ?

Installée en octobre 2012 par le ministre, la commission Mobilité 21 a été chargée de proposer un schéma de mobilité durable, en hiérarchisant notamment les 75 projets recensés dans le Schéma national d’infrastructures de transport présenté par le gouvernement précédent et dont le coût (245 milliards d’euros sur 25 ans) n’est pas jugé soutenable pour les finances publiques. Constatant que ’pour beaucoup de territoires, la grande vitesse n’était pas forcément la réponse appropriée aux besoins de la population et aux moyens de la Nation, ce schéma propose le report de plusieurs lignes au-delà de 2030, en faveur de la desserte de proximité. Selon la commission en effet la grande vitesse apparaît souvent à tort comme le marqueur unique de la modernité des territoires : avant d’être un symbole la grande vitesse doit se justifier, ce qu’elle ne fait qu’au-delà de 400 km notamment pour relier les grands pôles urbains là ou il peut y avoir un transfert de l’aérien sur le rail, et seulement lorsque son coût social, économique et écologique s’avère pertinent. Pour elle il s’agit désormais de créer les conditions d’une mobilité durable, et pour cela de s’inscrire dans une logique non plus de l’offre mais de satisfaction des besoins. Et c’est d’abord en confortant la qualité des réseaux existants que l’on répondra de manière soutenable aux besoins prioritaires en matière de déplacements, avant de penser à des projets nouveaux. En outre, la commission Mobilité 21 pense que la route restera à une très forte résilience et une très forte pertinence sur les courtes distances. Il faut donc mettre l’accent sur la R&D pour que la route puisse apporter une contribution à cette réduction de la dépense énergétique et à la transition écologique. Des nouveaux moteurs, des nouveaux pneus et revêtements de chaussées  »semblent être des pistes imaginables d’amélioration. La commission appelle aussi à inverser le processus d’étalement urbain via un renforcement des outils législatifs et une action sur les politiques de coûts du foncier notamment.

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DES MANIFESTATIONS POUR POUVOIR VIVRE EN VILLE

Les manifestations brésiliennes contre la hausse du prix du billet de bus (le transport est le troisième poste de dépense des familles, pour un service jugé comme de mauvaise qualité dans les grandes villes), qui ont débuté sur cette question spécifique, ont comme toile de fond un processus qui transforme les villes en un lieu toujours plus hostile aux personnes. Gentrification, élitisation, hygiénisation, peu importe le nom qu’on lui donne : les villes sont en train de devenir un endroit où circulent des véhicules, où les affaires immobilières prospèrent, dont les pauvres sont chassés et où tout le reste est interdit. Les gens suffoquent et réagissent en allant de plus en plus dans la rue, la plus grande tribune du Brésil. Et l’organisation brésilienne des méga-événements sportifs n’est rien de moins qu’un catalyseur de ce processus d’exclusion violente des grandes villes, qui sert de prétexte au nettoyage social et à la mise en place de diverses mesures autoritaires : d’ici le mois d’août, un projet de loi doit être voté qui peut qualifier de terroristes des actions entreprises par des mouvements sociaux, un autre texte actuellement au Sénat prévoit de répertorier de nouveaux délits pendant la durée du Mondial 2014, avec notamment des “limitations à l’exercice du droit de grève”, tout cela pour que le pays soit prêt à recevoir la Coupe du monde. Les manifestants protestent contre tout ce qui est en train de se passer, contre l’augmentation, contre les expulsions, contre l’abattage des arbres. Les gens manifestent, fondamentalement, pour le droit de vivre en ville. L’indignation, surtout celle de la jeunesse, augmente avec la faillite de la politique traditionnelle, devenue un auxiliaire des intérêts privés et incapable de répondre aux problèmes de la population. Un air de printemps souffle au Brésil. Et, d’ici à la Coupe du monde, il risque de souffler encore plus fort…

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DÉTROIT, LABORATOIRE DU MONDE D’APRÈS

La ville de Détroit, symbole du capitalisme et de l’industrie automobile, n’est plus que l’ombre d’elle-même. En cinq ans, ses habitants ont subi une brutale décroissance forcée : un taux de chômage exorbitant, un exode urbain sans précédent, des services publics délabrés (fermeture massive d’écoles (50 % dans le centre ville, fui par les Blancs et aisés), coupures d’électricité et d’eau, services de santé inaccessibles pour les plus démunis). Pourtant, derrière les scènes de désolation, une société post-industrielle est en train de naître, grâce à l’expansion d’une agriculture urbaine et à l’émergence de solidarités de quartier. En effet, de plus en plus de jeunes gens quittent les banlieues et regagnent le centre-ville pour s’y installer. Ils y achètent une maison à bas prix, s’équipent d’un vélo et réinvestissent progressivement Détroit. Et alors que la portion de la ville inoccupée est évaluée à 233 km² (sur une surface totale de 350 km²), la « Rust Belt » pourrait se transformer en « Green Belt » : aujourd’hui, plus de 1 300 jardins sont gérés par un programme, qui, contre 10 $ par an (7 euros) pour les jardins communautaires et 20 $ (15 euros) pour les jardins familiaux, assure distribution de graines, plants et formations. Développer un jardin est aussi vu comme un moyen de construire une solidarité de quartier, une communauté, et de la rendre résiliente aux événements extérieurs. Cette transformation du rapport à la nourriture générerait donc une véritable révolution culturelle au pays des Fast-Food, l’agriculture étant perçue comme un moyen de se nourrir, de créer des emplois plus sains pour tous et de redonner du sens à la vie collective. Un combat qui va de pair avec celui de la préservation de la pression urbaine des fermes alentours, seules à même de produire des cultures à faible valeur ajoutée, comme le blé ou le haricot noir. Les moteurs du mouvement pour la relocalisation de l’alimentation espèrent que ce dernier saura s’inspirer du modèle économique de l’industrie de la bière aux Etats-Unis, qui montrent des coopératives de bières artisanales locales gagnant des marchés de grandes firmes.

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